Alessia
Je ne sais pas comment je suis arrivée jusqu'à mon lit.
Je ne sais plus rien à part la cause de ma détresse émotionnelle.
Je ne ressens plus rien à part la douleur incommensurable provoquée à cause de mon cœur contre ma cage thoracique, comme s'il voulait en sortir en déchirant les chairs.
Je ne ressens rien d'autre à part cette haine envers celui qui a joué un double jeu depuis le début.
Avec une force et une envie que je n'ai pas à mon réveil, mais je n'ai pas le choix, je me lève, jette un regard noir à mon portable qui s'éclaire à un rythme régulier, seulement pour le moment je ne veux rien lire ou écouter des messages que j'ai reçu. Non. Pour l'instant je veux prendre une douche, effacer toute cette douleur, laver l'odeur du connard qui persiste sur ma peau, et cela même s'il ne m'a pas touché depuis deux jours. J'ai l'impression qu'elle a imprégné mon épiderme.
Dans un soupir à fendre les murs, je rejoins ma salle de bain et me déleste de ma nuisette, et file sous l'eau chaude. La détente et les objectifs tant attendus ne sont pas au rendez-vous, malheureusement pour moi. Je pousse un cri de rage, en percutant mon reflet face au miroir ancien. Et tout me revient. Comme des milliers de bris de verre qui s'assemblent afin de reformer une image. Floue, opalescente, seuls les contours sont visibles et cela suffit à me mettre à terre. D'un coup de main, je balaie tous les produits qui se trouvent sur le plan vasque, et m'effondre sur le sol à genoux, la tête entre mes mains. Je pleure, je hurle, je me laisse tomber sur les fesses ignorant la douleur, celle qui brûle tout mon être est cent fois plus puissante... alors le sort de mes fesses, je m'en tape. J'entoure mes jambes de mes bras, me balance d'avant en arrière, des mots inintiligibbles traversent mes lèvres, comme si je psalmodiais, non pas un psaume, mais des incantations du mal, jusqu'à ce que deux bras m'entourent, un parfum de madeleine me sortant de ma trance.
— Calme toi ma douce bambina.
La douceur de la voix de ma grand-mère m'apaise ainsi que sa main qui caresse mes cheveux. Elle m'étreint pareil, à quand j'étais enfant et qu'un cauchemar m'avait réveillé ou que mon frère m'avait rembarré.
— Pourquoi ?
C'est le seul mot que j'arrive à prononcer d'un timbre éraillé dû à mes pleurs et mes cris.
— Je ne sais pas, Alessia. Je me sens impuissante cette fois-ci. Je n'arrive pas à croire qu'Al...
— Ne prononce pas son nom, nonna.
Charlotte recule afin de l'observer plus attentivement.
— Tu ne vas pas croire à cette mise en scène ? C'est ridicule.
— Pardon ! m'indigné-je. Tu n'étais pas là quand il a demandé sa pétasse en fiancaille, je t'assure qu'il n'y avait aucune mise en scène, tout est vrai. Il avait tout prévu ce connard. Même la bague.
Cet écrin que j'avais envie de cramer ou l'enfoncer dans un endroit bien précis de son anatomie.
Ma grand-mère ne me reprend pas, sur le vocabulaire employé, c'est dire qu'elle a pitié de ma condition.
— Elle est comment ?
— Quoi ?
— La bague, elle est...
— J'en sais rien ! Reniflé-je. Et je m'en fou. Pourquoi tu demandes ?
Charlotte ne répond pas.
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Mi Amore
RomansaAlessia est forcée de revenir dans son pays natal, au bord du Lac Majeur, pour enterrer son grand-père Ricardo De Luca. Après des années passées à Londres à étudier à la London Collège of Fashion, Alessia va devoir faire face à la douleur de la pert...
