Chapitre 35

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Alvize


Nerveusement, je réajuste ma cravate, passe mes doigts dans les cheveux afin de les plaquer en arrière, j'attrape mon paquet de cigarettes dans la poche de mon pantalon de costume à trois milles balles, en sort une, et en embrase le bout avec mon briquet tempête en argent, offert par Ricardo pour mes vingts ans. Je tire dessus comme le ferait un condamné à mort. Ce qui immanquablement ne va pas tarder à arriver d'ici... je fixe l'heure sur ma Patek Philip, une demie heure exactement. Si tous les invités arrivent à l'heure.

J'ai envoyé un coursier pour lancer l'invitation. Quelques mots laconiques, comme quoi ils sont conviés à venir déjeuner chez mon paternel. D'où l'inondation de messages et d'appels sur mon smartphone. Je recrache la fumée par la vitre de ma bagnole et fixe l'endroit où j'ai tout organisé.

Mon Iphone vibre signalant l'arrivée d'un nouveau message sur la boîte vocale. Je ne prends pas la peine de le sortir de la poche intérieure de ma veste. Je connais l'identité de celle qui cherche à me joindre, car j'ai refusé ses quinze appels précédents, enfin seize maintenant, et répondu à aucun de ses SMS. Je m'en veux, mais je ne dois pas l'entendre ou même la lire, sinon je flanche, et nous ne serons jamais tranquilles. Ni elle, ni moi.

Perdu pour perdu...

Trois putain de jours que j'évite Alessia. Mais pas elle uniquement. Terzo aussi. Et Rose, et même les locaux de De Luca Couture.

Ouais un vrai lâche. Mais comme précisé ci-dessus, si je ne m'en tiens pas à mon plan, je vais craquer et retourner à la case départ sans passer celle prison. Pas pour moi la taule. Quique sur ce point, je n'en serai certain qu'après...

Quand j'ai quitté l'hôpital, avec l'envie de meurtre contre mon géniteur comme motivation à battre en retraite, et laisser ma belle brune sous la protection de son frère et de Charlotte, je me suis rendu directement chez moi, pour prendre une douche, me changer, picoler, et reflechir au plan qui va se dérouler d'ici quelques minutes, et encore boire.

Me noyer dans le liquide ambré me semble une bonne solution pour inonder mon cerveau et ne plus penser à tout ce que je vais foutre en l'air.

Après ces heures "post" Alessia, ignorant mon palpitant qui manifestait son désaccord, mon esprit qui s'était ligué avec lui, mon programme est apparu tout net dans mon crâne. Par contre, je n'ai pas pu retenir tout l'alcool ingurgité dans mon estomac en imaginant la réaction de l'amour de ma vie. J'ai tout régurgité comme si mon corps se rebellait face à mon intention. Finalement mon cerveau est revenu à la surface de ma conscience. Seulement pour elle, je dois me sacrifier. Je dois aller au bout de mon intention et à partir de là, Alessia et sa famille seront libres de toutes menaces, car en aucun cas je ne vais accéder à la demande de mon père. Cependant il doit le croire... et c'est la partie la plus difficile. Je vais me contenter de le piéger. Lui et sa pétasse.

Mon Dieu, je me sacrifie pour la bonne cause, soyez indulgent avec mes actes passés et à venir. Amen.

Sur ses bonnes paroles, qui ne rassurent que mon subconscient, je redémarre ma voiture et m'engage dans l'allée arborée qui mène à la propriété de mon paternel. Celle qui cache derrière ses murs et ses dorures tout le machiavélisme et l'indifférence de ses habitants. Je prends conscience qu'aucun bons souvenirs ne vient entacher mes mauvais. Ils sont tellement plus nombreux.

La berline allemande d'Aurora est garée sous le auvent, je positionne la mienne à ses côtés. Rien que cette image me révulse.

Ce ne sont que des bagnoles, Alvize. Tu as fait bien pire avec elle.

Mi AmoreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant