VII - Famille royale (1)

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- Perle ! Où vas-tu encore ?

- Mais... Je sors en ville. Je vais rejoindre Isak...

- Non, pas maintenant.

- Pas maintenant ? Maman, pourquoi ?

- Parce que je voudrais que tu sortes moins souvent.

- Pourquoi ?

- Eh bien l'image d'une princesse, les mauvaises fréquentations... Tu vois il y a plein de raisons. Et... Aussi pour que tu passes un peu de temps avec ta famille que tu ne vois jamais, Perle.

- Mais Isak m'attend ! Ce n'est pas une mauvaise fréquentation !

Maman fronce ses sombres sourcils. Mais je ne détourne pas mon regard et s'en suit une bataille d'yeux. Finalement, je cède dans un soupir et disparaît dans ma chambre. Que vont dire Isak et Azel ? Ils vont croire que je les abandonne alors que ce n'est pas vrai. Je pense très fort à eux.

Maman peut quand même être insupportable ! Elle n'a donc pas pitié de moi ? Avant de rencontrer Azel, avant que mes parents ne m'autorisent à quitter le palais, j'errais tristement entre ma chambre et la bibliothèque. On ne devrait pas avoir le droit de s'ennuyer quand on est jeune. Quelquefois, je jouais avec May dans la cour du palais. J'essayais de lui apprendre des jeux de grands. Mais elle était bien trop sotte, c'est nul.

Lire ? Jouer à la marelle avec May ? Dessiner ? Dormir ?

Oh pourquoi rien ne me tente ? Je tourne en rond dans ma chambre depuis déjà quelques temps. Mais cela ne fait que quelques instants. Le temps passe lentement...

Je veux jouer avec un ami. Point.

Toc toc...

Maman entre, la mine un peu embarassée. May la suit en sautillant. Furieuse, je leur tourne le dos et croise mes bras. Maman ne doit pas apprécier mon comportement mais tant pis.

- Perle ?

Je ne réponds pas, ne me retourne pas.

- Perle ?

Je boude.

- Perle !

May vient me tirer le bras. Ce petit geste me fait échapper un sourire que maman attrape. Je me retourne tout à fait.

- Ah enfin ! Est-ce cela te dirait de nous rendre en cuisine toutes les trois pour composer le repas de ce midi ?

- Cuisiner ?

Maman me surprendra toujours. C'est pour cela que je l'aime. Dans l'instant, oubliées les sorties en ville, seule ma famille compte. J'acquiesce joyeusement et cours me jeter dans ses bras.

Quelques temps plus tard, vêtues de tabliers rose bonbon et vert à pois violet trois fois trop grands pour nous, nous descendons dans les cuisines. Des éclats de rire...

- Mesdames et messieurs les cuisiniers ! S'exclame alors maman. Grand chef, tout d'abord, nous aurions expressément besoin de votre aide pour nos amusements. Et pour tous les autres qui devaient préparer le prochain repas pour la famille royale, vous avez votre congé.

Plus de la moitié de la pièce laisse échapper un cri surpris et joyeux avant de remercier chaleureusement maman et de quitter le palais.

Maman se tourne vers nous deux :

- Alors mes chéries, que voulez-vous pour le déjeuner ?

- Des frites, s'écrie May en même temps que je m'exclame...

- Des galettes !

May apprécie les galettes aussi. Alors nous ouvrons un grand livre de cuisine et nous partons pour un temps de rire.

J'avais oublié qu'on pouvait rire en famille. Je sais que ce que je raconte-là n'est pas très important par rapport à l'histoire de La Berlue, mais pour moi cela compte beaucoup.

Les méchants ont-ils une famille ? Je ne crois pas, sinon ils ne seraient pas aussi malheureux. Ou alors... Peut-être que c'est une famille méchante, pas aussi superbe que la mienne.

Maman prend du temps avec moi et elle ferme les yeux sur mes bêtises. Papa me pousse à me dépasser. May joue (de temps en temps) avec moi. Des joies, des joies et des joies ! Je suis joyeuse !

Mais pour ceux qui n'ont pas ma chance, la vie doit être triste. Et sans l'aide d'un papa et d'une maman, sans le sourire d'un papa et d'une maman, où va-t-on chercher la joie ? Le soutien ? Chez des amis ? Mais alors on ne reçoit pas la sagesse d'un adulte aimant ? C'est bizarre...

- Passe-moi le sucre, Perle !

Mais en le lui tendant, j'en renverse par mégarde sur sa robe. Furieuse et croyant que je l'ai fait exprès, May me lance à son tour le lait qu'elle tenait dans sa main. Je prends une mine à la fois colérique et amusée pour lui renverser un peu d'eau. S'en suit une joyeuse bataille à laquelle ma maman se joint. Le cuisinier nous observe atterré en lançant quelques...

- Princesses, Votre Majesté ! Faites attention...

Mais comme nous prenons garde à ne point trop casser ou trop gaspiller la nourriture, il finit par préférer sourire.

Et soudain maman, la mine échevelée, lève une main autoritaire pour signifier que la bataille est terminée. Nous nous remettons gentiment à l'œuvre. Jusqu'à produire... Un chef d'œuvre ! Dans le four, attendre et...

- Tadam !

- Tadam ! Répète May de sa petite voix fluette.

Tous les cuisiniers encore présents se retournent pour nous applaudir. Les galettes sentent bons : nous allons nous régaler !

Un battement des mains plus retentissant que les autres nous fait tous tourner la tête vers la porte. Papa s'y tient, la mine réjouie, et May et moi, toute enfarinée, nous jetons dans ses bras.

- Ah ah mes princesses ! Que ferais-je sans vous ?

Mais son air trop grave à mon goût revient l'instant d'après. Il semblerait qu'il y ait quelques soucis au château de sable.

Un peu plus tard, et à son invitation, maman et moi attendons dans son bureau qu'il accepte de nous expliquer la situation...

- Perle, je t'avais dit qu'il était temps de t'initier à la politique du château. Comme promis, te voilà ici. Et je tenais à ce que vous soyez là toutes les deux parce que j'ai une décision compliquée à prendre. J'en ai déjà discuté avec mes conseillers mais étant donné que vous êtes au sommet de la pyramide royal, je voulais votre avis.

Il marque un temps comme pour appuyer sur la solennité du moment.

- Faut-il ou non répondre militairement à la déclaration de guerre que vient de nous faire la mer ?

Mon château de sableDes histoires addictives. Découvrez maintenant