Quand la mi-novembre arriva, l'attrait de la nouveauté avait laissé place à la morosité quotidienne. J'aimais mon travail, mon logement et voir Cécile quand je le souhaitais, mais rient de tout cela n'était nouveau, les mêmes décors, les mêmes visages, les mêmes bars du centre-ville. Par chance, j'avais sans cesse de nouveaux clients et des dossiers complexes qui me donnaient du fil à retordre.
Pour rompre mon ennui -et surtout éviter de penser à Lui- je décidais de lier connaissance avec mes collègues. Dans mon service nous étions quatre conseillers en gestion de patrimoine, notre chef et son assistante, et une jeune standardiste au caractère de feu. Après les félicitions de Gabriel, j'avais à peu près tous mes collègues à dos. Soyons honnête, dès le début je n'avais pas cherché à sympathiser. Je devais faire mes preuves, gérer mon installation... je n'avais pas pris le temps de discuter de mes week-ends autour de la machine à café. Ne voulant pas avoir à essuyer des regards haineux toute la journée, je me lançais comme mission d'être appréciée par mes collègues y compris le dragon qui servait d'assistante à Gabriel.
J'attaquais mon plan en toute simplicité. Le lundi matin, j'emportais un panier plein de victuailles. J'avais acheté tout ce qui me faisait craquer et pour ne pas tout dévorer, j'avais tout emballé pour le bureau. Hors de question que je prenne plus de poids, autant que ce soit eux et en plus, cela passait pour une bonne action! Lorsque je déposais le tout dans l'espace cuisine, leurs regards étonnés m'indiquèrent que j'avais fais mouche. J'étais consciente que cela l'allait pas suffire. Je ne recherchais pas les félicitations. J'adressais un bonjour à la cantonade et m'attelais au travail sur le champ. Avec un sourire satisfait, j'observais leur mine étonnée avant qu'ils ne se ruent vers les viennoiseries. La deuxième phase de mon plan devrait attendre un jour ou deux.
*****
Le mercredi, peu avant onze heure, je me levais sous le regard intrigué de mes collègues et me dirigeais vers celui de Denis. Celui-ci écarquilla les yeux à mon entrée et baissa instantanément les yeux sur mes talons vertigineux. J'avais déjà remarqué qu'il avait un faible pour les chaussures féminines. Il se mordait les lèvres dès qu'il voyait des talons de plus de sept centimètres. Denis était le moins hostile à mon égard. Il vivait littéralement pour son travail. Grand, dégingandé, d'une timidité extreme, il s'animait seulement quand il parlait investissement. C'était son domaine de compétence. Il pouvait convaincre n'importe quel client avec des tableaux de chiffres impressionnant mais dès qu'il se trouvait face à nous, il virait aubergine.
-Bonjour Denis, susurrais-je d'une voix douce.
Je m'efforçais de parler calmement, il ne manquait plus qu'il fasse un arrêt cardiaque.
-Bonjour Théodora, répondit-il fébrilement en cherchant une issue des yeux.
-Je t'en prie appelle-moi Théo! feignis-je d'ignorer son malaise en asseyant devant lui.
-Très bien, Théo, déglutit-il.
Je croisais mes jambes avant de me pencher vers lui d'un air conspirateur. Ses yeux fixèrent mes talons.
-Voila, j'ai besoin de ton aide.
Je patientais jusqu'à ce que l'incompréhension laisse place à la fierté dans son regard.
-J'ai un nouveau client qui hésite à investir dans un immeuble du Vieux Lyon. Entre les besoins de l'urbanisme, la plus-value et sans parler des prix des locations...c'est une mine d'or! Mais il a peur des dépenses occasionnées et des frais cachés. Avec un montage en béton, il est partant.
Je lui révélais l'adresse, et ses yeux se mirent à briller. J'avais capté son attention.
-Tu veux bien m'aider, s'il te plait? lui demandais-je d'une voix feutrée.
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Obsession
Mystery / ThrillerJusqu'où iriez-vous par amour? Ce fut d'abord une lueur, puis une flamme grisante, qui enflamme qui embrase tout mon être.Il semblait être tout ce que je voulais, même ce que je ne n'osais espérer. Et vous qu'auriez-vous fait à ma place? Pour ceux...
