Chapitre 35. ✔️

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7 juin 2018 – 10 heures.

Portland.

Les mains posées sur la table, mes yeux rivés sur la carte, je calcule chaque mouvement possible. Hugo parle à côté de moi, mais ses paroles me semblent lointaines. Il évoque des stratégies pour attaquer Emile, pour enfin mettre un terme à cette chasse. Chaque piste, chaque détail compte, mais une part de moi est ailleurs, arrachée de ce moment par quelque chose que je n'arrive pas totalement à écarter. Aurélie.

Elle me hante. Même maintenant.

Mes doigts tapotent nerveusement la surface. Il n'y a même pas quelques heures, j'étais face à Léon, blessé à l'épaule, et, malgré moi, un rire silencieux m'avait échappé. C'était presque ironique... Lui, suppliant de prendre soin de sa précieuse sœur, de ne pas la brutaliser. La sœur qu'il croyait protéger, alors qu'elle se battait contre moi chaque jour, avec une férocité qui me fascinait. Mais je ne pouvais pas me permettre de la voir comme autre chose qu'un obstacle. Un obstacle à lui. Emile.

Je serre les poings. Si Émile était ici, il m'accuserait de faiblesse. Il dirait que repenser à elle me rend vulnérable, inutile. Il aurait raison. Pourtant, je ne peux m'empêcher de la revoir. C'est quelque chose d'encré en moi.

Comme tout le reste.

Je secoue la tête, mais l'image reste collée à mes pensées, éclipsant les mots d'Hugo. La logique me dicte que [...], mais elle continue de me défier.

Comme toujours.

Je me concentre de nouveau.

Sa résistance me fascine et m'irrite. Même maintenant, après tout ce qu'elle a enduré, elle se bat encore. Elle ne se soumet jamais.

— On peut peut-être essayer de voir comment il se déplace, murmure Hugo.

Léon secoue la tête, frustré.

— Impossible, il disparaît comme s'il n'avait jamais existé.

Emile reste insaisissable. La dernière fois que je l'ai vu était en 2015, un coup de chance, un moment de répit dans mes recherches. Cette traque sans fin qui reprend à chaque fois qu'une piste se pose sous notre nez. Le grand retour du cynique n'est pas une coïncidence. Cette intuition me ronge : il reste ici pour elle, Aurélie. Et elle... elle ne le sait même pas. Si seulement elle comprenait à quel point elle est au centre de tout cela.

Un sentiment de contrôle me revient, un calme froid, glacial, lorsque je repense à mes années passées à échapper à la loi, à toujours avoir un coup d'avance. Mais cette fois, la situation est différente. Je ne contrôle pas tout, pas elle. Elle m'échappe. Chaque acte de rébellion, chaque mot, chaque regard qu'elle me lance, c'est un défi que je dois relever. Elle teste mes limites.

Mon esprit divague un instant, repensant à ce qu'elle a fait à Léon. Ce poignard planté dans sa chair. Ce n'est pas juste de la violence. Elle essaie de survivre, de me défier, encore et toujours. Je dois l'accepter. Si je relâche la pression, même un instant, elle s'échappera pour de bon. Et je ne peux pas laisser cela arriver.

— On sait qu'il travaille dans la police, dis-je en reprenant le fil de la conversation, mais il faut trouver la bonne personne, celle qui pourra nous ouvrir les portes de son monde.

— Négocier avec un flic ? s'exclame Hugo. Tu sais ce qu'il nous arrive si on se fait choper ?

Un rictus se dessine sur mes lèvres.

— Négocier ? Qui a dit qu'on allait négocier ?

Je ferme les yeux, un moment de calme avant la tempête. Toujours ces mêmes souvenirs. Je m'entends respirer, mais au lieu du présent, ce sont des bruits de pas sur le gravier mouillé de l'orphelinat qui résonnent dans mes oreilles. L'odeur de la pluie, le froid qui mordait ma peau...

PURSUED [terminée]Des histoires addictives. Découvrez maintenant