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Mercredi 10 février

20h30

Je viens d'arriver au stade pour voir le fameux match, le fameux derby madrilène. Surtout que c'est le huitième de finale de la Ligue des champions. C'est une grosse affiche. Je rejoints Erika et Sofía dans la tribune réservée aux familles. Je les salue avant de m'assoir à mon siège. Nous discutons jusqu'à ce que les joueurs entrent sur le terrain. L'hymne de l'Atletico retentit dans tout le stade et nous la scandons avec tous les autres supporters. Je sors l'écharpe de l'Atletico de mon sac et la met autour de mon cou. Ce soir, je n'ai pas le maillot car il fait trop froid. Mais j'ai quand même pris l'écharpe pour avoir un peu de Saúl avec moi.

Après 1 heure de jeu, le score est de 1-1. Oblak, le gardien de l'Atletico, relance le ballon vers Saúl. Et là, tout se passe au ralentit. Saúl saute dans les airs pour attraper le ballon sauf qu'un joueur du Réal s'est cru, un instant, ninja et frappe Saúl avec son pied, donc avec ses crampons, dans le bas de son dos. Je peux entendre son cri de douleur de là où je suis. Saúl s'effondre au sol en atterrissant sur le dos et ne bouge plus. Le monde s'est arrêté de tourner autour de moi. Je n'entends plus rien. Mon regard reste fixé sur le corps inerte de Saúl. Tous les joueurs de l'Atletico se mettent autour de Saúl. L'arbitre de jeu siffle pour signaler la faute. Il appelle les soigneurs et met à carton rouge au joueur du Réal. Bien fait connard !

Maintenant, je ne vois plus rien. À côté de moi, Erika essaye de me rassurer, en me disant que tout va bien se passer mais je ne réponds pas. Les soigneurs appelle une civière. Mon cœur bat de plus en plus vite. Ils mettent Saúl sur la civière et l'emporte vers les vestiaires. Je me lève, je prends mon sac et pars en courant. J'entends au loin Erika dire que c'est une mauvaise idée mais je m'en fous. Je cours le plus vite possible jusqu'aux vestiaires. Je vois au loin les soigneurs marcher avec la civière vers la sortie. Je crie "Saúl" plusieurs fois jusqu'à ce que je me fasse arrêter dans ma course par un homme de la sécurité. Je bouge dans tous les sens pour qu'il me libère sauf qu'il est bien plus fort que moi. L'homme de sécurité me dit sévèrement :
-« Vous n'avez pas le droit de passer ! C'est interdit au public ! »
Je continue de crier "Saúl" quand un soigneur demande :
-« Vous vous appelez comment ? »
-« Clara. »
-« Laissez-la passer ! »
Le gars de la sécurité me lâche enfin et je cours jusqu'aux soigneurs.
-« Il vous a demander plusieurs fois. Donc vous allez nous accompagner aux urgences. Essayer de le gardez éveiller ! »
-« D'accord, merci beaucoup. »
Je sers la main de Saúl et il ouvre les yeux. Il me fait un petit sourire et je lui ordonne de tout le temps me regarder.

Nous arrivons au camion de pompier. Ils montent Saúl en premier puis je monte à mon tour. Je m'installe à sa gauche. Je sers sa main très fort. Deux soigneuses montent avec nous derrière et les autres devant. Le camion démarre avec les sirènes en marche. Une dame infirmière me fait signe qu'il faut que je parle à Saúl. Ce que je fais immédiatement.
-« Saúl, s'il te plaît, ne t'endors pas ! Reste avec moi. »
-« C'est dur. » il me répond tout bas.
-« Je sais mais essaye de le faire pour moi. Pense à ton neveu, Lucca. Il a besoin de son tonton. »
-« Lucca. » dit-il en souriant.
-« Oui Lucca. Allez Saúl courage, on est bientôt arrivés. Tu peux le faire ! »
-« J'ai trop mal. »
-« Tu dois tenir encore quelques minutes. Ça va passer vite. Tu dois le faire. Reste éveillé s'il te plaît. »
Je l'embrasse sur le front que je trouve chaud. J'en fais part aux infirmières qui prennent immédiatement la température de Saúl. J'arrive à voir qu'elle est de 38 degrés, ce qui n'est pas normal. Avec ma main libre, je lui caresse doucement la tête. Il ferme les deux. Je répliques aussitôt :
-« Saúl, réveille-toi ! »

Il ouvre les yeux en me regardant. Je vois à travers son regard qu'il souffre de douleur. Ça me fait mal de le voir dans cet état-là. Mais je ne peux rien faire pour arranger ses souffrances à part le tenir éveillé.
Je continue de lui parler de tout et de rien. Je lui pose des questions pour le forcer à me répondre. D'ailleurs, j'ai l'impression que le trajet ne se finit jamais. Je prends mon portable pour regarder l'heure. Sauf que quand je reporte mon attention sur Saúl, je vois qu'il a fermé ses yeux. Je lui demande de les rouvrir mais il ne le fait pas. D'ailleurs, il ne me répond même pas. Je le secoue pour le réveiller mais il ne bouge pas. Les larmes me viennent immédiatement aux yeux. Les infirmières me demandent de me pousser pour leur laisser la place. A présent, les larmes coulent sur mes joues sans s'arrêter. Je garde toujours sa main dans la mienne et la sers très fort. Je répète sans cesse "Saúl ne me laisse pas, je t'en prie !"

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