Chapitre 2. Julia

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Vendredi.

-Je suis virée ?

Mon regard doit être écarquillé, ma bouche grande ouverte, prête à toucher la moquette bordeaux d'un bureau ridiculeusement minuscule pour le patron d'une grande surface.

-Mais... Pourquoi ? bafouillais-je, ébranlée par la nouvelle. Je peux savoir ce que j'ai fait de mal ?

-Vous voulez peut-être voir la vidéo de surveillance des réserves pour vous rafraîchir la mémoire, Mademoiselle Carron ?

-Les vidéos de....

Oh, merde.

Les joues cramoisies, je triture les petites peaux autour de mes ongles en fixant mes pieds.

-Ça ne se reproduira plus, je-

-Ça non, c'est certain, me coupe-t-il sèchement. Epargnez-moi les pleurnicheries Mademoiselle, parce que vous êtes définitivement renvoyée et rien ne me fera changer d'avis. Et estimez-vous heureuse que je vous paye tout de même votre dernier mois de salaire.

A la place de la honte qui s'abattait sur moi, une colère jaillissante prend le dessus. Je serre les dents en feignant un sourire hypocrite, récupère mon chèque sur son bureau et avance jusqu'à sa porte avant de me tourner vers lui.

-Oh, au fait, Monsieur Maillard, je suis entrée une fois par erreur dans les toilettes des hommes quand vous pissiez. Ça ne doit pas être facile tous les jours de vivre avec à un complexe d'infériorité aussi évident, lui souriais-je cruellement. Votre queue est à l'image de ce bureau, ridicule !

J'ai claqué la porte devant sa mine choquée et gênée à la fois. Un régal ! J'en rêvais depuis des mois.

Ce type était un sale enfoiré qui me payait une misère sous prétexte que je n'étais qu'étudiante et ne faisais qu'un mi-temps. En vérité, ce n'est rien d'autre qu'un salopard radin qui lorgnait constamment sur mon cul et mon décolleté à la première occasion. Mais malheureusement, ce connard était celui qui me permettait de payer mon loyer et mes factures.

-Franchement, comment je vais faire ? Où est-ce que je vais aller ? me plaignais-je pendant la pause déjeuner, devant le regard compatissant d'une camarade de classe et amie. C'est le dernier mois de loyer que je peux régler, je n'ai plus aucunes économies.

-C'est la merde, en effet, grimace Caroline.

-Tout ça parce que je me suis envoyée en l'air dans la réserve avec un livreur ? Qu'est-ce que ça peut bien lui foutre franchement, il est seulement jaloux que ça n'était pas avec lui, grognais-je en mastiquant rageusement ma salade de pâtes. Je suis sûre que ce vieux pervers repasse la vidéo en boucle en se branlant devant.

Elle éclate de rire en me dérobant un morceau de poulet dans mon bol en plastique, tandis que je lui subtilise sa bouteille de Coca. 

-Tu sais ce dont t'as besoin ?

-Oui, d'un nouveau travail, riais-je amèrement.

-De vacances, rétorque-t-elle, me faisant lever les yeux au ciel. Je suis sérieuse, t'as besoin de faire une pause Lia. Tu ne t'es pas accordé ne serait-ce qu'un seul week-end de repos depuis que je te connais, et ça fait trois foutues longues années. Tu passes ton temps à jongler entre la Fac et le boulot.

-Il faut bien que je vive. Je n'ai pas des parents friqués qui m'envoient un chèque tous les mois pour assurer mes dépenses, moi.

Je lui tends un sourire pincé, la jalousant secrètement de ne pas avoir à se soucier de l'argent alors que depuis mes seize ans, c'est plus que la seule chose qui rythme ma vie. Gagner de l'argent pour vivre. Ou survivre la plupart du temps.

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