"Je crachai tripes et boyaux toute la nuit, et les jours d'après, puis cela me passa. On me laissa monter sur le pont pour prendre l'air quand je promis que je ne le salirais pas.
'Tu commences à prendre le pied marin, me félicita Esteve en arrivant à ma hauteur. Bientôt, tu pourras faire le tour du monde.
-Si on s'en sort, j'te jure sur ta Bonne Mère que j'rentre chez moi et que plus jamais j'quitte mon village.
-Tu as tort, teste d'apí. Ça te ferait du bien de changer d'air.
-Ça veut dire quoi, ça, encore?
-Tronche de céleri. Parce que tu es encore tout blanc de ton expérience maritime.
-T'es gentil, avec tes surnoms, mais ça fait pas forcément plaisir quand tu sors du trou.
-Oh, pardon! Je croyais que ça te ferait rire.'
Il cessa de se moquer quand il aperçut Maël à quelques pas.
'Oh, l'aristo! Viens un peu ici, qu'il est sorti de la cagade, ton ami!'
Maël approcha et mit une main amicale sur l'épaule.
'Je suis content pour toi. La Bonne Mère a finalement entendu tes prières.
-Merci, M'sieur.'
Son humeur s'assombrit d'un coup.
'S'il y a bien une chose que tu pourrais faire pour me rendre service, Donatien, ce serait de m'appeler par mon prénom. Nous sommes tous dans la même galère. Je n'ai pas besoin que l'on me rappelle constamment que je ne suis pas le bienvenu.
-Mais... mais j'suis respectueux! Pas comme Esteve...
-C'était ça ou 'cul-cousu', nous prévint ce dernier.
-En fait, t'es vraiment fatiguant, confirmai-je. Comment elle a fait, ta mère, pour t'élever?
-Je me suis élevé tout seul', déclara-t-il comme s'il se fût agi d'une évidence.
Cette réplique eut don de nous faire taire. Si Maël était sans aucun doute le benjamin de notre groupe, Esteve Fabrès paraissait plus jeune que moi. Mon père nous avait quittés tôt; c'était un homme bon, et juste, mais ma mère avait su pallier à cette disparition et, honnêtement, je n'avais pas vraiment eu le temps de m'apitoyer sur notre sort. Mais ne pas avoir de parents, c'était autre chose.
'C'est possible, ça, d's'élever tout seul?
-Dès que j'ai pu gagner mon pain, oui.'
Il posa sa main sur le bastingage.
'J'ai fait plusieurs voyages en bateau, d'ailleurs. Pour gagner un peu d'argent. Gênes, Athènes, Alicante, Porto... Je suis allé jusqu'à La Rochelle. Belle petite ville. Mais il fait froid, là-bas.'
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
