"Les trois mois qui précédèrent la réponse de Monsieur de Douarnez furent les plus longs pour nous. Nous savions qu'il ne nous restait déjà plus beaucoup de temps avant qu'il ne reparte en France. Certains ne le verraient plus jamais, sans doute. Mais moi, je n'y pensais pas. Je songeais que j'avais tout de même davantage de chances de retourner en Pays de Retz."
"Maël, lui, avait l'air très tendu. Il attendait les lettres avec inquiétude, et soupirai de soulagement quand la fin de la journée arrivait sans nouvelles. Notre sergent, lui, s'employa à nous raconter ce que nous avions manqué, pendant nos périodes de vacance. Un épisode avait apparemment le plus retenu son attention: un des soldats avait arraché le voile de la femme d'un chef local et l'avait poussée à terre alors qu'elle traversait une rue d'Oran. Le Général avait bien entendu répondu à la demande du mari bafoué et avait puni le violent, mais beaucoup d'hommes s'étaient révoltés pour qu'on supprime sa sanction.
'Il a bien bien d'le punir, le Général, moi j'dis, déclarai-je quand il eut terminé. On traite pas une femme comme ça.
-Ta mère t'a bien élevé, Donatien, se moqua Esteve. Je suis fier de toi.
-Vas-y, rigole! C'est grave, ce qu'il s'est passé.
-Ansond, calme-toi! Tout ce cirque pour un foulard, franchement!
-Sergent, puis-je vous poser une question?'
Notre supérieur se tourna vers Maël, étonné. C'était la première fois de la soirée qu'il prenait la parole.
'Je t'en prie.
-Si un homme arrachait les jupons de votre femme et la jetait à terre en pleine rue, comment réagiriez-vous?'
Le sergent mit du temps à répondre.
'Je ne l'avais pas vu comme ça. Je suppose que je demanderais réparation.
-Les femmes n'osent déjà pas sortir, alors si elles s'font frapper quand elles prennent leur courage à deux mains... grommela Thierry.
-C'est vrai. Notre comportement devrait être exemplaire, signala le sergent. Mais il est difficile de contrôler des hommes violents. Et le manque de soumission des Arabes n'aidait pas à alléger l'air ambiant.
-Bé oui! C'est de la faute d'Abd El Kader, qui se trouve à des lieux d'Oran, si un soldat s'est permis un caprice d'enfant gâté, ironisa Estève.
-Fabrès, fais attention à ce que tu dis.'
L'humeur de notre ami changea d'un coup. De cynique, son humeur s'assombrit davantage. Une grimace négligente se dessina sur son visage, tandis qu'il répondait:
VOUS LISEZ
Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
