Chapitre 21

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Théophile fit envoyer une lettre à Madame de Douarnez pour le prévenir de son absence. Il avait passé toute la nuit à lire, et il était loin de l'épisode équivalent à sa vie. Il voulait absolument arriver au parallèle des épisodes. Il reprit:

"Nous étions séparés en petits groupes de cinq ou six à partit du moment où nous nous éloignions trop d'Oran, pour ne pas perdre trop de soldats en cas d'attaque. Notre petit groupe fut composé de Maël, d'Esteve, de Thierry et de moi-même, sous les ordres de notre sergent. Nous avions cette chance de tous nous entendre à peu près; le seul problème demeurait notre sergent, aussi intransigeant sur sa vue de notre ennemi que sur son idée de la rigueur militaire. Ainsi, dès que nous nous enfonçâmes dans les montagnes, nous nous perdîmes.

'Sergent, c'est la quatrième fois qu'on passe par ce chemin', protesta Esteve.

Moi, je l'ignorais. J'avais perdu le compte depuis longtemps. Nous étions sensés passer une nuit dehors, et rentrer ensuite. Mais avec la tête dure de notre supérieur, le voyage risquait de se prolonger.

'Encore une remarque comme celle-ci, Fabrès, et c'est le trou en revenant.

-Attendez, vous n'allez pas me mettre au trou parce que j'ai fait remarquer qu'on était perdus!

-Pour refus d'obéir aux ordres.

-Bien. Mais ne venez pas vous plaindre si on tourne en rond pendant des jours.'

Notre sergent s'arrêta brusquement, et je manquai de prendre son shako en pleine tête.

'Très bien! s'écria-t-il, énervé. Nous nous arrêtons là pour la nuit! Ansond, Péradec, le bivouac! Quant à toi, Fabrès, tu nous trouves le chemin du retour! Mougel, tu l'aides!'

Thierry se retourna vers Esteve. Peut-être finissait-il par s'habituer.

'Tu pouvais pas t'la fermer, pour une fois?

-Et non.

-Même en territoire ennemi, à des kilomètres d'Oran?

-Non plus.

-Et bah t'as intérêt à t'la fermer pendant qu'on cherche le chemin.

-Ça reste à voir.'"

"Nous eûmes tôt fait d'aménager notre cachette pour passer la nuit, entre deux chemin de montagne. Maël s'assit vite dans un coin sans mot et sortit son chapelet pour jouer avec.

'Péradec, arrête de faire du bruit avec son jouet. Tu n'es plus un enfant, et tu vas attirer quelqu'un avec ce maudit cliquetis', prévint notre supérieur.

Maël cessa son activité pour commencer à tordre ses mains. Il était angoissé par notre situation, et on l'empêchait de recourir à une consolation familière. Son chapelet faisait bien moins de bruit que le sergent qui gronda:

Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journalDes histoires addictives. Découvrez maintenant