"Nous n'allâmes pas aux vignes, cet après-midi là. Notre promenade nous emmena autour du lac, au sud du village. J'étais en jupons; nous ne pouvions pas partir bien loin."
"Nous descendîmes de nos montures pour faire le tour du point d'eau. Notre marche demeura silencieuse un moment, jusqu'à ce que je demande:
'Ce que vous avez dit, à propos du manoir, le pensiez-vous? Ou était-ce juste pour m'accommoder?
-Suis-je vraiment de ce genre de personnes à vouloir accommoder son entourage?'
Je ris devant son expression ironique.
'Certes non.
-Je dois admettre que ta sœur a une certaine propension à se complaire dans son malheur que je n'ai jamais comprise. Elle tient sûrement cela de votre mère.
-Se soumettre et endurer?
-Accepter et endurer. Ne t'avais-je pas conseillé de surveiller ton langage?
-Maman ne cesse de me le répéter. A croire qu'elle se préoccupe davantage de la façon dont les voisins nous voient que du fait qu'elle vient de perdre son neveu.
-Ta mère gère l'événement comme elle les a toujours gérés; avec retenue. Je n'agis pas d'une meilleure façon en courant d'un bord à l'autre sans me soucier de vous.
-Je préférerais courir d'un bord à l'autre plutôt que de rester enfermée à travailler mon point de croix. L'inaction m'insupporte.
-Surtout quand il s'agit d'une incertitude.'
Je le regardai, pleine d'espoir. Il rectifia:
'Je ne sais rien de plus. Mais il n'y a aucune preuve de la mort de Maël. J'ai peine à croire qu'il nous ait quittés.
-C'est impossible.
-Nous devons nous attendre à tout, Iris. Ne met pas trop d'espoirs dans cette attente.'"
"Mon enthousiasme retomba d'un coup.
'Ne vous plairait-il pas qu'il soit en vie?
-Biensûr que si.
-Vous venez de me conseiller de ne pas m'épuiser dans une cause vaine.
-Tu m'as mal compris...
-Vous êtes comme Maman, au final. Comme Lorelei. Je vous croyais plus attaché à votre neveu.
-Je suis attaché à mon neveu, Iris.
-Alors pourquoi vous montrez vous aussi désintéressé? Pourquoi tant de détachement?
-Parce que j'ai vu la sœur d'un Vendéen survivre aux Colonnes Infernales pour finalement mourir en couches!'"
"J'en restai muette. Mon père reprit sa contenance et déclara:
'Je te l'ai déjà dit; ton cousin est comme mon fils. Mais rien n'est jamais sûr.
-Le Vendéen, c'était vous?'
Il me sourit et reprit sa marche. Je le suivis.
'C'était de cela dont vous parliez, la dernière fois? Il s'agissait bien de votre veste!
-J'étais encore plus jeune que toi quand je la portais. Dix-sept, dix-huit ans. Pas davantage. J'avais demandé à ma nourrice d'y broder le Sacré Cœur, avant de partir.
-Votre nourrice servait encore notre famille?
-Tout comme sa fille.'
Je compris.
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
