"Fort l'Empereur avait résisté à beaucoup de sièges en partie grâce à sa location; le château se dressait devant une plaine sans aucune cache pour se mettre à couvert. Ils nous avaient sûrement vus arriver. Mais nos supérieurs lui avaient repéré une faiblesse; le bâtiment était dominé par un plateau, au Sud. Nous pouvions aisément observer les mouvements des soldats et tirer du haut du promontoire. On y installa une partie de l'artillerie."
"Le reste du travail se fit en silence. De nuit comme de jour pendant quatre jours, on nous ordonna de creuser des tranchées pour nous y mettre. Déjà exténué, j'eus du mal à me priver davantage de sommeil. Quand la profondeur fut suffisante, nous y descendîmes et attendîmes l'injonction. J'échangeai un regard blanc avec Maël; le moment était arrivé. L'impatience tenait encore trop bien mon corps pour qu'il ne me lâche pas. Les mains de certains tremblaient, d'autres se signaient. Maël leva les yeux au ciel dans une prière muette. Nous savions tous ce que représentait cette forteresse: la victoire ou la mort. Nous avions déjà perdu des camarades, et nous ne voulions pas nous perdre avec eux. Nous devions vaincre."
"La nuit passa sans que nous ayons bougé. Le ciel commençait à s'éclaircir. Notre attention commençait à dériver.
'Bon Dieu, quand est-ce qu'ils vont s'décider? grognai-je en desserrant la poigne sur mon fusil.
-Tiens-toi tranquille, me dit calmement Maël. Ils savent ce qu'ils font.
-Préparez-vous! entendis-je alors crier notre sergent.
-Tu vois?'
Je réaffirmai ma prise. Il était quatre heures du matin, et nous étions le quatre juillet dix-huit cent trente.
'Feu!'"
"Ce furent d'abord les canons qui tirèrent, puis nous. Les Turcs répliquèrent avec autant de fougue après coup. Mes souvenirs de cette guerre resteront les plus clairs de toute ma vie."
"Je ne vis pas le jour se lever; la fumée et l'odeur de poudre me désorientaient. Je sais que plusieurs de mes compagnons tombèrent tout près, touchés par des balles, mais Maël restait debout. Quand la fumée se dissipa, le fort ne ressemblait plus à un fort, mais à une termitière. Plus personne n'y bougeait. La lumière du jour m'aveugla un instant, et je restai bouche bée devant un tel spectacle, me demandant si c'étaient nous qui avions réussi à faire cela."
"Mais je n'eus pas le temps de m'attarder à la contemplation; on nous donna l'ordre de prendre la tour du milieu. Nous nous hissâmes sur le sol; aucun tir ne vint nous ralentir. Ils étaient bel et bien partis. Je suivis Maël jusqu'aux murs. Il fallait ouvrir une brèche pour nous permettre d'accéder à la ville. Mais quelque chose n'allait pas. Il n'y avait plus aucune riposte du côté adverse, qui savait pourtant que le fait de prendre leur bastion nous rendait maîtres de la ville."
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
