"Notre nouveau gouverneur d'Oran ne tarda pas non plus à changer, de nombreuses fois, et après le Général Berthezène, un homme bon, d'autres supérieurs dont je ne me souviens plus et un prince tunisien, nous nous retrouvâmes avec le Général Boyer."
"Autant te dire que l'inquiétude nous prit. Boyer avait une réputation qui le précédait de très loin: massacres d'ennemis, punitions impitoyables... les soldats sous ses ordres n'avaient qu'une seule peur; lui désobéir, même inconsciemment."
"Ce fut dans cette ambiance glaciale que nous l'accueillîmes, droits comme des 'i' au garde à vous. Il parcourut nos rangs, impassible, et énonça ses grands principes de fonctionnement, avant de nous ordonner le repos. En résumé, nous représentions les valeurs de la liberté et de la civilisation dans une terre de sauvages, que nous devions pacifier par tous les moyens possibles. Désobéir à l'un de ses ordres équivalait à s'assimiler à nos ennemis."
"Désespéré d'avance, je m'écroulai par terre à côté d'Esteve, qui abandonna son chiffon et sa baïonnette pour me fixer.
'Arrête, on aurait pu tomber sur pire, lâcha-t-il.
-On aurait pu rentrer à la maison, me plaignis-je.
-Rectification; on aurait pu passer encore cinq ans en France avant de rentrer à la maison. Regarde au moins la chance que tu as; avec ce climat sec et chaud, tu as moins de chances d'attraper la tuberculose. Et on est au bord de la mer. L'air marin, il paraît que ça entretient.
-Ouais, et bah tu peux t'le garder, ton air marin. Ma campagne, elle me suffit.
-Jamais content! On te trouve une petite ville de port, juste au bord d'une mer bleue comme un bijou et des voisins très sympathiques, et tu veux encore patauger dans la boue!'
Je l'ignorai. Il finirait bien par se lasser."
"Notre nouveau gouverneur, par contre, semblait plein d'entrain à accomplir sa tâche. Prendre le contrôle d'une ville de côte, indispensable au ravitaillement de nos armées, lui plaisait sans doute. Je le suppose, car il décida presque de suite après sa présentation de s'enfermer dans ses appartement avec les officiers pour décider d'adopter une stratégie.
'C'est tout de même pas comme si on allait reprendre Alger! protestai-je. Qu'est-ce qu'il prépare de si grandiose?
-Alger nous est maintenant presque acquise, me renseigna Maël. En dehors d'Oran, des tribus nomades nous attendent. Ils se comporteront de la même façon dont se sont comportés les Arabes et les Turcs pendant notre invasion.
-Ils sont farouches", intervint notre sergent.
Il s'assit avec nous, avant de continuer:
'Ce sont des sauvages. Vous venez juste de rejoindre le régiment, vous. J'ai entendu des témoignages de ceux qui venaient de la Mitidja. Les Berbères sont farouches, violents. Ils feront tout pour garder leur liberté. Leur engouement pousse vers le fanatisme. Nous en avons fait l'amère expérience à Blida.
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
