"Des soldats furent laissés à Arzew pour protéger la place, et nous, nous repartîmes à Oran. L'été s'annonçait chaud, comme tous les étés là-bas, et le Général voulait ménager ses troupes, disait-on. Pas d'autres campagnes pour nous; juste des exercices de tirs et des heures à végéter à l'ombre des murailles jusqu'à ce qu'on nous réquisitionne pour aider à remonter un quelconque mur ou pour effectuer une petite mission de surveillance autour des remparts. Rien de bien physique, tu en conviendras. Nous étions presque parvenus à supporter la lourdeur de l'air; au moins, nous ne tombions pas en pâmoison comme des jeunes filles. L'air marin y était aussi pour beaucoup. Par contre, nous ne pouvions faire sans sueur. Monsieur et Madame Barat nous avaient recommandé de faire bouillir l'eau avant de la boire, au vu des cas de dysenterie qui se déclaraient régulièrement parmi nous. Nous buvions de l'eau chaude, mais c'était tout de même mieux que se tordre de douleur."
"Toutefois, les plans de nos officiers changèrent bien vite à la fin de juillet. Abd El Kader envahissait la ville de Tlemcen pour soumettre son chef, qui voulait faire alliance avec nous. Le Général vit là une occasion de s'emparer d'une autre ville dont l'alliance à notre cause semblait plus que douteuse; Mostaganem et ses dépendances. Tu dois te demander d'où sortent ces noms, je m'en doute, mais ces noms viennent de leurs langues vernaculaires, tout comme ceux de nos villages proviennent de nos patois. Et je peux t'assurer que les seconds paraîtraient tout aussi étranges aux Berbères que les premiers le sont pour nous."
"Mostaganem et ses dépendances étaient pourtant assez différentes des villes que nous avions visitées jusque là. Les Arabes y vivaient certes, comme dans toutes les communes de la Régence, puisqu'ils sont majoritaires, mais c'étaient les Koulouglis qui gouvernaient. Des Turcs métissés à la population locale. Ceux-là menaient une politique très ambiguë à l'intérieur de remparts qui étaient censés nous assurer un ravitaillement régulier, tantôt en nous envoyant leurs marques d'amitié, tantôt en essayant de contacter l'émir pour faire de même."
"Nous embarquâmes donc dans un navire à Mers El Kebir le 24 juillet. Le beau temps avait viré à la tempête, bien évidemment, et nous restâmes bloqués deux jours en mer.
'Eh, faut voir le bon côté des choses! tenta de relativiser Esteve. À pieds, on aurait mis plus de temps.
-À pieds, on pourrait voir le ciel et respirer aut'chose que des relents de d'liquides humains, grogna Thierry.
-Et encore, tu n'as pas connu Donatien quand il ne supportait pas la mer.'
Je jetai un regard noir à notre ami, et il me répondit par un sourire goguenard. Thierry soupira à nouveau, avant de relever la tête vers Maël.
'J'en connais un qui s'sent pire que moi, marmonna-t-il. Ça va, l'aristo?'
Maël ouvrit les yeux. Il suait beaucoup, maintenant que Thierry le faisait remarquer.
'La lourdeur de l'air m'incommode, dit-il d'une voix ensommeillée. Je fais en sorte de ne pas la subir outre mesure.
-Tu dors, du coup.
-Si je restais éveillé, j'en pâtirais davantage, et je ne serais d'aucune aide quand nous débarquerions.
-Dors. C'est bien.'
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Historical FictionPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
