"Yusuf nous confirma en effet que l'émir avait envoyé une lettre à notre général à la toute fin d'octobre. Finalement, il refusa la négociation. Pendant tout l'hiver, nous entendîmes parler de beaucoup de combats, et même d'une confrontation entre le Général et Abd El Kader, très houleuse, d'après ce que j'en appris. Mais Desmichels n'en démordit pas; il envoya une nouvelle lettre en décembre. Et Maël fut demandé devant l'émir."
"Nous insistâmes bien entendu pour l'accompagner; mais Yusuf nous l'interdit:
'L'Emir n'a demandé que votre ami.
-Mais il faut bien que quelqu'un vienne avé lui! protesta Estève. Et s'il tombe dans les pommes à cause d'un choc dû à sa blessure? Vous voudriez, vous, vous évanouir en présence d'inconnus?'
Maël ferma les yeux, fatigué par avance du débat qui allait s'ensuivre, alors je tentai quelque chose:
'Et si y en a qu'un qui vient, et qu'il reste à l'extérieur?
-Et comment allons-nous le garder? Je serai en train de traduire.
-Si je le garde avec moi? proposa Maël. S'il s'agit de Donatien et qu'il reste avec moi?'
Yusuf sembla hésiter, puis céda:
'Très bien; mais seul Donatien vient, et il ne parlera pas de l'entrevue. C'est toi que l'Emir veut entendre.'
Maël opina silencieusement, et nous suivîmes l'interprète en-dehors du camp, jusqu'à une belle maison à l'intérieur de la ville. Le soir tombait, et l'air se faisait humide et froid, comme chez nous. Autant te dire que nous n'en menions pas large dans notre tente; mais on nous avait amené plusieurs couvertures, et nous étions de loin les mieux lotis des prisonniers."
"Un serviteur nous guida jusqu'à une grande pièce. Sept hommes en grande conversation s'y trouvaient, et se turent quand ils nous remarquèrent. Abd El Kader, qui se trouvait parmi eux, nous fit signe de nous asseoir et dit quelque chose à Yusuf, avant de s'adresser à ses invités.
'Il leur explique que vous ne parlez pas un mot de leur langue, traduisit l'interprète, mais qu'à partir de maintenant je vous traduirai toute la conversation. Et il me dit que j'ai bien fait d'emmener aussi l'un de tes amis.
C'est ainsi qu'avec l'aide de Yusuf, nous participâmes sans doute à l'un des épisodes qui allaient changer l'Histoire d'un pays."
"Devant l'auditoire, Abd El Kader nous informa:
'Le général de vos armées m'a récemment envoyé une lettre dans laquelle il me demande de vous relâcher et de penser à l'amitié avec les Français.'
Quelques uns des hommes rirent, mais il les interrompit d'un revers de main.
'J'avais prévu de vous rendre contre paiement; vous avez mon respect. Les prisonniers que m'a offerts l'un des sheikhs fidèles à ma cause viennent en trop. Mais ton général a spécifié qu'il ferait un effort pour te récupérer. J'en conclus donc que tu dois être spécial.
-Je ne le suis pas, seigneur. Je n'ai signé qu'en tant que soldat du rang. Mon sort n'aura absolument aucune incidence sur le cours de cette guerre.
-Pourtant, Yusuf m'a rapporté que le nom de ta famille était différent de ceux de tes compagnons.'
Maël jeta un coup d'œil intrigué à Yusuf, qui écouta son chef s'expliquer:
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Mémoires du Siècle Dernier, tome 2 : Le journal
Narrativa StoricaPrintemps 1833, Pays de Retz, Loire Inférieure Iris de Douarnez, la cadette, continue son apprentissage auprès de son père, selon les circonstances. Depuis qu'elle a lu la lettre de Monsieur Faure, elle n'ose pas annoncer l'affreuse nouvelle à Maël...
