6. Le date d'Agathe

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-Tu ne m'avais pas dit que c'était ton frère, je lance à mon amie en montrant le métisse d'un coup de menton.

-Tu l'as rencontré ?

J'ai tout juste le temps de hocher la tête avant que Clémence tinte sa cuillère contre son verre.

-Mes chers amis - mais dis donc, c'est le mot de l'année - je vous remercie de vous êtes déplacés ce soir...

Le coucher de soleil continue sa tirade et conclut même par un « Je remercie tout particulièrement mon indispensable amie, Cassandre Lefèvre ! »

Des gens applaudissent dans la salle, à croire que maman est connue dans le monde entier. Celle-ci rougit et la mère de Cleo termine son discours par « bon appétit » et s'assoit à côté d'un homme. C'est un grand noir qui a une tête particulièrement sympathique. Je le désigne et demande à mon amie si c'est son père et pendant que les serveurs déposent nos plats, elle me répond par l'affirmative.

***

A la fin de la soirée, après avoir bien rigolé avec ma nouvelle amie, nous rejoignons nos familles qui se sont réunies dans le hall. Tous les invités sont partis et il ne reste que nous. J'observe Georges, le père de Cleo et Simon, il a lui aussi les cheveux noirs et il est très gentil. Ses yeux sont incroyables, comme tous ceux de leur famille d'ailleurs, dedans il y a du vert et du doré mélangés. Ils ont dû trafiquer un truc dans leurs gênes pour avoir tous les quatre des yeux magnifiques.

Après avoir échangé nos numéros de téléphone, Cleo et moi nous nous disons au-revoir puis Simon s'approche de moi et, à ma grande surprise, me fait la bise. Je sens son parfum pendant une millième de seconde, avant que la chère Clémence me prenne par les bras, son mari derrière elle.

-Au-revoir Ambroise, n'hésite pas à revenir. Et fais-moi plaisir, ma belle, habille-toi avec des vêtements convenables la prochaine fois.

-Tout le monde n'a pas les moyens de s'offrir ce que l'on veut, je réplique de la façon la plus gentille que je puisse faire.

Lorsque je me suis installée dans notre appartement avec Agathe, maman nous a directement proposée de l'argent. J'ai refusé. Je ne voulais plus du tout dépendre de quelqu'un, mais je dois avouer qu'en ce moment je manque considérablement d'argent.

Idris tousse, masquant un rire, bientôt imité par Simon. Maman rit de bon cœur alors que Clémence rougit légèrement puis elles s'étreignent et notre petite troupe repart tranquillement chez nous.

Depuis la voiture, je vois la lune éclairer le ciel qui est complétement noir. A l'arrière, Ilan regarde une vidéo sur son portable avec ses écouteurs et Idris est concentré sur la route. Il commence à se faire tard et le sommeil pointe le bout de son nez. Le ronronnement de la voiture m'endort petit à petit.

Je me réveille dans des bras chauds, j'ouvre les yeux et vois Idris. Il me sourit avec ses fossettes et, trop fatiguée pour protester, j'encercle mes bras autour de son cou et le laisse me porter. Ma tête sur son torse, j'entends le battement de son cœur à travers son tee-shirt.

A ma grande surprise, il monte les escaliers sans difficulté et ouvre la porte de ma chambre d'un coup d'épaule. Les yeux fermés, je le laisse me poser sur mon lit. Ses mains chaudes me retirent ma veste et remontent ma couette sur mon corps. Avant de m'assoupir à nouveau, je le remercie en chuchotant et je me rendors instantanément.

~~~

Quelque part dans ma chambre, mon téléphone vibre. Je pousse un grognement et soulève difficilement mes paupières. Le jour bat son plein à travers le rideau de ma chambre pendant que je cherche des yeux l'objet. Je l'aperçois sur mon bureau et ma veste est posée sur le dossier de ma chaise, bizarre je ne la mets jamais là.

C'est à ce moment précis que les souvenirs de la soirée d'hier me reviennent en mémoire. Idris qui me borde, quelle ironie ! La sonnerie de mon téléphone s'éteint enfin et je referme les yeux. Environ trente secondes après, mon Smartphone recommence à sonner et je le maudis en me levant pour traverser la pièce. Je prends l'objet de malheur dans ma main et décroche.

-Ambre, enfin ! Je t'ai appelée une dizaine de fois !

-Ag je dormais, je réponds en retournant sous ma couette.

-Il est midi, tu ne dors jamais jusqu'à midi.

-On est allé à une soirée hier et on s'est couché tard.

Agathe reste muette au bout du fil.

-Tu m'appelais pour quoi ? je lance en baillant.

-Pour te demander comment on doit s'habiller à un rendez-vous amoureux...

Je reste une seconde silencieuse avant de rire.

-Tu plaisantes ? T'as un date ? Toi, Agathe, alias la fille qui martyrise les mecs ?

Beaucoup de gars viennent vers elle mais ma meilleure amie les rembarre tous.

-C'est pas drôle Ambroise, répond-elle blasée.

Je ris encore un instant avant de reprendre mon sérieux.

-Qui est le chanceux ?

-...Cameron.

-Alors là ma chérie, t'as tapé dans le mille !

Le fameux Cameron est un athlète et contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'est pas bête comme ses pieds. Il est plutôt beau garçon mais il n'est pas mon genre : il est blond. Lui et Agathe sont dans le même cours à la fac et elle me raconte parfois qu'ils sont à côté en cours ou ensemble lors d'un exposé.

-Tu peux m'aider ou pas ?

-Bien-sûr. Vous allez où ?

-Au parc d'attraction, répond-elle toute contente.

-Bon alors, j'opterais pour ton top court. Tu sais, le rouge avec les froufrous !

-Oui c'est une bonne idée. Je pensais aussi mettre mon jean slim, parce qu'être en jupe pendant l'attraction, ça va être risqué !

On raccroche un peu plus tard, après qu'Agathe ait promis de m'appeler pour me raconter en détail son rencart. Je me lève au ralenti, encore fatiguée, et ouvre ma porte pour tomber nez à nez avec Idris. Il est habillé et fraichement douché, je sens même son savon. Je baille en lui faisant un signe de la main et descends les escaliers pour retrouver maman à la cuisine.

-Bonjour mon chat, dit-elle me m'embrassant.

-Coucou maman.

Je me sers des céréales et un verre de jus de fruits.

-Aujourd'hui il y a des amies d'Angèle qui vont venir à la maison mais Charly et moi nous partons passer l'après-midi chez des amis. Donc si tu pourrais t'occuper de la petite troupe, ce serait très gentil.

Je n'ai pas trop le choix de toute façon, mais je hoche la tête et avale mon petit déjeuner sans broncher.

StepbrotherOù les histoires vivent. Découvrez maintenant