Chapitre 19

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Le poing ganté de mon père rentre violemment en contact avec ma joue. Je continue de sautiller sur place malgré le coup et, spontanément, je m'élance afin de contre-attaquer mais mon père évite tout juste mon poing. Il sautille face à moi, en garde, ses mains gantées face à lui pour se protéger. Je sens une goutte de sueur dévaler ma tempe tandis que je crache le sang dans ma bouche sur la tatami. Je suis éreinté, ça va faire près d'une heure et demie que je subis les percutantes frappes de mon père tandis qu'inlassablement, il esquive les miennes.

Je déclare forfait en ôtant mes gants matelassés imprégnés de transpiration que je jette au sol. Je passe une main dans mes cheveux gras et humides alors que j'essaie tant bien que mal de retrouver un rythme cardiaque normal. Mon père me considère comme si nous venions de faire des crêpes. La bouche mi-ouverte, les bras écartés, il semble assez surpris de ma capitulation.

Je me laisse tomber sur le tatami, exténué. Mon père retire ses gants à son tour afin de venir s'asseoir près de moi.

« D'habitude, tu es bien plus fort que ça Sasha. Tout va bien ? »

Je tourne la tête vers lui, toujours haletant.

« Faut bien que je te laisses gagner parfois, non ? »

Il éclate de rire et me tape le dos.

« Comment va maman ? questionné-je.

— Elle tient le coup. En ce moment, elle est particulièrement enjouée puisque j'ai enfin cédé pour que nous adoptions un chat. »

Je hausse les sourcils, agréablement surpris.

« Sérieux ? Mais tu es allergique !

— Je sais Sasha. Mais ta mère m'a toujours supplié d'en adopter un. Tout notre temps de vie commune, elle me rappelait sa terrible envie d'un chat. Et puis j'y ai réfléchi il n'y a pas si longtemps que ça. On a qu'une vie et puis, au diable mes allergies, elle aura un chat si c'est ce qui la rend heureuse ! »

Mon père a un sourire allègre dessiné sur son visage. Il a raison, nous n'avons qu'une vie. Je ne devrais pas vivre la mienne à dépends. Puisque c'est la seule et unique que j'aurai, autant la vivre complètement.

« C'est génial ! Je suis content pour vous. »

Et même si je suis profondément sincère, dans ma voix transparait une légère mélancolie.

« Et toi alors, tout va bien ? Louise m'a dit que tu avais démissionné. »

Je baisse la tête. Mon cœur bat si vite que je crains qu'il n'explose.

« Elle ne perd pas de temps de tout te rapporter, dis donc. »

Je hausse les épaules. Mon père écarte les jambes et commence ses étirements. Je penche la tête en arrière et ferme les yeux. Je n'arrive plus à retrouver mon calme. Tout en moi bouillonne. J'essuie mon front en sueur. Mon père, la tête sur son genou, poursuit :

« Pourquoi ?

— J'en avais marre de me réveiller tous les jours dans le seul intérêt d'aller bosser. Ça ne menait à rien. C'est pas comme-ci j'allais avoir une promotion ou que ma carrière était remarquable, je réponds dans un haussement d'épaules. Ça n'a rien de bien passionnant de servir des cafés à longueur de journée, tu sais.

— Mais c'était un emploi stable qui t'assurait un avenir stable ! réplique-t-il.

— Quel avenir papa ? »

Il baisse les yeux alors qu'il joint ses pieds l'un à l'autre et bat des jambes.

« J'ai suffisamment d'argent, même trop, pour subvenir à mes besoins jusqu'en septembre.

Crève-CœurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant