Chapitre 26

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Promis, j'allais partir. J'allais partir de cette côte rocheuse. Promis, j'allais fermer ma petite valise après avoir réuni les quelques vêtements que j'ai apportés. Promis que je n'allais plus jamais essayer de, ne serait-ce, poser mes yeux sur cette fille. Promis que j'allais faire tout ça.

Mais je n'ai pas pu.

La lune éclaire le ciel. Je frissonne un instant. Et dans mon corps, tout explose. Tous mes organes se décomposent. Mon cœur si lourd se brise.

Et les éclats ont résonné dans toute l'Océanie. J'ai envie de me tordre de douleur sur ses rochers. J'ai envie de hurler jusqu'à m'en casser la voix. Hurler à ce monde de merde que c'est injuste.

Putain !

Je m'étais promis de résister.

À l'amour.

À l'attachement.

Mais c'est humainement impossible.

De ne pas aimer. Même pour la personne la plus cruelle de la Terre.

Je m'étais pourtant fait cette seule et unique promesse de ne plus blesser personne d'autre.

Je retiens mes larmes de couler. Je manque de défaillir.

Elle est toujours là. Le dos tourné à la mer. Me considérant comme si je venais de commettre le crime le plus inacceptable. Peut-être est-ce le cas ? Peut-être ne suis-je qu'un être abominable sans intérêt. Elle semble me haïr.

J'ai détruit ça aussi. Je détruis absolument tout.

Heureusement putain, que je vais crever.

La vie n'est pas belle, pas belle du tout.

Elle ne baisse pas la tête. Elle me confronte, m'affronte. Elle est bien plus forte que moi. J'ai la nette impression qu'elle va se ruer sur moi et me battre de coup.

Mais Charlie n'est pas comme ça.

Elle est douce.

Elle est belle.

Elle est attentionnée.

Elle est compréhensive.

Elle est intéressante.

Elle est captivante.

Elle la première fille dont je suis tombé amoureux.

Elle est qui elle est.

Dans une parfaite imperfection.

Et il n'y a pas moins de bavures que ces mots qui viennent de jaillir de ma bouche.

Pas plus oppressant que la douleur qui s'est matérialisée en moi.

Et Charlie se tient juste là devant moi.

Alors malgré tout, malgré mes tentatives veines de la repousser, je traverse les quelques pierres qui nous séparent. Elle lève les yeux vers moi lorsque j'arrive à sa hauteur.

Et aussitôt, j'enveloppe son visage de mes mains.

Et pose violemment mes lèvres sur les siennes.

Le contact réchauffe la nuit.

La vie.

Et le temps s'arrête.

Tandis que nos lèvres s'échauffent l'une contre l'autre.

« Qu'est-ce que tu fais Sasha ? murmure-t-elle. »

Mais après lui avoir jeté un regard plein de remords, je retombe sur ses lèvres humides.

Et l'embrasse.

Telle une question de vie ou de mort.

Et je crois bien que ça l'est.

Je goute à ses lèvres rosées.

Et parcours son corps de mes mains chaudes.

J'ai tellement envie de conserver ce contact pour l'éternité.

J'ai envie d'inscrire cet instant à mon âme.

J'ai envie de capturer ce nouveau feu qui brûle en moi. Et le laisser me consumer indéfiniment.

Je remonte mes doigts sur sa nuque. Elle a posé ses mains sur mes joues. Elle m'embrasse elle aussi. Avec fougue. Passion. Et acharnement. Et plus le temps s'écoule, plus nous nous serrons fort comme pour empêcher le vent de la nuit nous emporter. Nous séparer. Il nous est maintenant impossible de nous lâcher.

Mon ordinateur est tombé sur l'un des rochers, j'espère qu'il ne s'est pas cassé.

Mais peu importe maintenant. Maintenant que nous unissons nos désirs croissants dans un même souffle chaud et humide. Dans un même regard avide.

Dans un même baiser indicible qui brûle la peau de mes lèvres. Qui brûle mon petit cœur meurtrit qui s'efforce de me maintenir en vie.

Et j'ai envie de hurler. J'ai envie de hurler jusqu'à m'en casser la voix. Hurler à ce monde de merde que c'est injuste.

Putain !

Je m'étais promis de résister.

Et plus je culpabilise de lui offrir ce baiser coupable plus l'ardeur de nos passions s'unit avec force et envie.

Et, mon cœur se brise de nouveau lorsque nos lèvres se séparent. Lorsqu'elle me repousse. Lorsqu'elle essuie la larme sur sa joue. Qui perlait innocemment.

Et nous nous sommes dévisagés un instant.

Un très long instant.

Plus personne ne dit rien. Et bien que mon cœur s'excite dans ma poitrine, pulsant mon sang avec véhémence, je crois qu'il s'est interrompu. Juste comme s'il reprenait son souffle.

Je suis essoufflé aussi.

Tout comme Charlie, haletant.

Nos regards sont aimantés l'un à l'autre. Mais la distance entre nous m'angoisse. J'ai envie de ressentir sa chaleur près de moi. Encore longtemps.

Merde ! Si mon ordinateur est endommagé, je ne pourrai pas continuer l'écriture de mon livre !

Et je perçois mon cœur battre de plus belle.

« Sasha ? murmure Charlie. Qu'est-ce que tu fais ? Que sommes-nous en train de faire ? »

Et elle s'avance.

Encore.

Et encore.

Ainsi, je parviens à discerner avec difficulté ses pupilles grâce à la lumière de la lune.

Et elle avance encore.

Puis me dépasse.

Et avance.

Traversant les rochers. Me laissant seul face à la mer, bercé par le bruit des vagues s'écrasant contre la côte rocheuse.

Merde !


Crève-CœurOù les histoires vivent. Découvrez maintenant