Chapitre 14

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Nous marchons à travers le jardin, main dans la main, dans le silence le plus total. Parfois, le calme est oppressant, et gênant, mais dans d'autres cas, il est apaisant, nous aidant ainsi à mieux réfléchir. Mais ce moment de paix ne dure pas longtemps, puisqu'Ectellion entrouvre les lèvres pour prendre la parole.

– Ce voile, accroché aux colonnes, à quoi sert-il ?

– À nous protéger de la personnification du soleil.

– Hélios...

– On ne le voit peut-être pas, mais il est toujours là, à nous observer.

– Il ne lâchera donc jamais l'affaire.

– Non, jamais.

– Pourquoi ne se résout-il pas à te perdre ?

– Accepterais-tu mon départ ?

– Évidemment que non.

– Alors lui non plus. Et puis, bien avant ma naissance, un oracle lui a dit qu'il ne connaitrait qu'un seul amour. Hélios s'est préparé à me rencontrer alors que j'étais encore dans le ventre de ma mère. Il sait parfaitement qu'il n'aimera aucune autre personne que moi.

– Et il ne veut pas se résoudre à vivre seul.

– La solitude est son pire cauchemar.

– Dans ce cas, il te retrouvera à coup sûr.

– Il a déjà réussi à introduire mon esprit. Je l'ai vu en rêve il y a quelques jours, avant ton retour.

– Que t'a-t-il dit ?

– Qu'il était toujours là, à me chercher. Il veut faire du mal à Emeïdes, et lorsqu'il apprendra que tu es en vie, il sera encore plus déterminé dans sa traque.

– C'est un dieu. Et les divinités trouvent toujours ce qu'elles cherchent.

– Voilà pourquoi je reste constamment sur mes gardes.

– Comment avez-vous fait pour vous préserver, toi et Emeïdes ?

– Nous nous cachions de la lumière. J'étais terriblement sévère avec notre fils à ce sujet. Il n'avait pas le droit de sortir de l'enceinte du palais, et ne devais pas se montrer aux rayons du soleil.

– Tu exagérais peut-être un peu trop...

– J'en ai conscience à présent. J'ai été bien trop dure avec lui, et je le regrette amèrement.

Ectellion passe son bras autour de mes épaules, et me dépose un tendre baiser sur le front, pour me réconforter.

– Tu pensais bien faire Akenna, dit le père de mon enfant. La peur te rongeait, et c'est tout à fait normal. Tu avais déjà tellement perdu, que tu voulais préserver le dernier être cher qu'il te restait.

– Je n'aurais pas pu supporter de perdre Emeïdes.

– Je le sais. Mais à présent, tu ne seras plus toute seule à affronter ce calvaire. Je suis là, et je te soutiendrai toujours.

J'esquisse un sourire, et m'arrête pour embrasser Ectellion, mais un petit bruit de feuillage se fait entendre tout près de nous. Emeïdes sort de sa cachette, la tête légèrement baissée, gêné d'avoir été découvert. Il tient deux glaives en bois dans sa main.

Je laisse Ectellion s'agenouiller devant le petit garçon de trois ans, qui recule d'un pas. Le sourire bienveillant de son père le rassure un peu, et il se décide à parler.

– Je n'ai personne pour jouer avec moi...

– Et bien, si tu me le permets, je te provoque en duel.

– C'est vrai ?! demanda Emeïdes enthousiaste. Maman ? Je peux jouer avec Ectellion ?

– Voyons, tu n'as pas besoin de me demander l'autorisation pour t'amuser avec lui.

– Alors en garde !

Emeïdes se met déjà en position, comme s'il était un grand guerrier. Ectellion rit devant son enthousiasme, et son courage déjà bien vif pour son âge.

– Tu sais que je suis très fort ? se venta le braconnier.

– Pas plus que ma maman !

– Je pense bien que si, puisque c'est moi qui lui ai tout appris.

Emeïdes écarquille les yeux, comme si son père venait de lui faire un tour de magie. Le petit guerrier se tourne vers moi, et me fixe avec un regard interrogateur.

– Il dit vrai, approuvai-je. Je me souviens de la moindre de ses leçons.

– Tu as intérêt, que je ne me sois pas fatigué pour rien.

– Apprends plutôt à ton fils comment manier un glaive, au lieu de faire le malin.

– À vos ordres m'dame.

Emeïdes rit aux éclats, amusé par notre chamaillerie. Ectellion commence à lui donner des conseils. Les mêmes qu'il m'a communiqué lorsque je n'étais que novice dans l'art du combat. Je me souviens de ses moindres paroles, de toutes ses farces pour tenter de me déstabiliser, de ses réflexions afin de me mettre hors de moi.

Mais de tous ses actes et conseils qu'il a pu me communiquer, c'est de son regard perçant dont je me souviens le plus. Ses yeux noisette, transperçant ma rétine, telles des lames d'acier, ses battements de cils, semblables à ceux des ailes de Pégase, me dévisageaient sans aucune gêne.

C'est sa spontanéité que j'aime tellement chez lui. Il est différent de tous les autres hommes pour cela. Ectellion a peur, et malgré le fait qu'il fait tout pour ne pas le dévoiler, j'arrive à la ressentir. Serait-ce à cause de mes pouvoirs disparus, que j'arrive à savoir où chercher les émotions des autres ?

Je souris, tout en admirant mon fils et son père jouer et rire ensemble. Emeïdes se plaignait de n'avoir aucun partenaire de combat, et bien il vient de s'en trouver un. Qui plus est, le meilleur des professeurs. Je décide de les laisser seuls, et d'aller au temple, remercier encore Athéna et mes autres alliés de m'avoir rendu l'homme de ma vie.

Une fois mon identité dissimulée sous mon voile, je quitte le palais, en direction de la maison des prières et des offrandes, de la déesse protectrice. Je marche le sourire aux lèvres, car à cet instant, je n'ai pas peur de laisser Emeïdes. Lorsque je l'abandonne à Khione, le temps que j'aille au temple, je ressens toujours une certaine nervosité, dissimulée au plus profond de mon cœur, que personne, à part moi, ne peut voir ou entendre.

Je sais qu'Emeïdes est avec son père, et qu'il le protègera au péril de sa vie. À présent, j'ai compris que je ne serai plus seule. Comme l'a dit Ectellion, il est là, et me soutiendra toujours. 

Akenna-TOME 2- Le retour du serpentDes histoires addictives. Découvrez maintenant