Chapitre 38

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Je cours dans les ruelles, sans aucun but. Ma seule arme, mon seul espoir permettant de tuer hélios, a été brisé. Le sang de l'Hydre de Lerne tombant sur le sol, et se vidant tourmente mon esprit. À présent, ai-je encore la moindre chance de battre le dieu du soleil ? Seul mon bouclier me permet de rester en vie. Je réussis à atteindre le palais, et décide de lancer une dernière flèche sur Hélios. Celle-ci frappe la peau écaillée du serpent, mais ne lui fait pas le moindre mal. Le rire moqueur du monstre résonne jusqu'au bout du monde, tandis que j'essaie de lui échapper.

Cette fois-ci je m'arrête, prends deux flèches, et en tire deux à la suite comme me l'a enseigné Ectellion. Mais même cela ne réussit pas à arrêter Hélios dans sa course, qui se trouve à présent devant moi, prêt à me dévorer. La gueule ouverte, le serpent lance une nouvelle attaque. Je me jette sur le côté pour l'éviter, et grimace en rencontrant le sol dur et blessant. Mon bras est tout écorché, mais cela n'est rien comparé à ce que me fera Hélios s'il parvient à me maîtriser.

Puisque mes flèches sont inutiles contre le reptile, peut-être que toucher une nouvelle fois ses anciennes blessures pourrait l'affaiblir. Je monte suffisamment haut, sur les ruines d'une maison, et tends mon arc. Le serpent pourrait me dévorer, là, maintenant, mais il ne fait rien. Hélios se contente de sourire méchamment, me fixant de ses grands yeux jaunes.

– Vas-y, dit-il. Tire, pour que tu constates ma toute puissance. Aucune arme ne peut me détruire, souviens-toi de cela.

Tant qu'il reste immobile, je profite de l'instant pour repérer l'une de ses blessures. J'en remarque une, qui m'a l'air déjà bien profonde. Tout en lâchant la corde, la flèche par dans la direction d'Hélios, et pénètre dans sa blessure. Le dieu pousse un léger gémissement, mais s'arrête au bout de seulement quelques secondes. Sa plaie se referme aussitôt. C'est encore pire que je ne le pensais.

– Tu vois, tu ne peux rien contre moi. Et maintenant, tu vas mourir.

Je cours de nouveau, pour rejoindre le palais. J'entre à l'intérieur, tandis que le plafond menace de s'effondrer sous le poids monstrueux d'Hélios. Je réussis à entrer dans la salle du trône, qui est selon moi la pièce la plus grande, avec une seule entrée pour le serpent. Je me laisse tomber au sol, contre le siège de Khione. Tout est fini maintenant. Je n'ai plus aucune arme valable contre Hélios. Moi qui étais partie pleine de confiance...

Quand je pense que tout le monde comptait sur moi pour réussir, voilà que j'échoue. Pour quoi vais-je bien pouvoir passer maintenant ? Comme l'a dit le serpent, je ne suis qu'une idiote, une moins que rien, et une simple mortelle. De sang-mêlé ou pas, il n'y a aucune différence. Je suis faible face à la toute puissance d'Hélios. Peut-être que je pourrais me rendre, et ainsi négocier la vie de mon fils. Ma mère ne m'en voudra pas de la rejoindre en sacrifiant ma vie pour sauver celle d'Emeïdes.

Je pense à tous ceux qui ont cru en moi, qui me disaient que j'étais la plus courageuse au monde. Soit ils se sont trompés, ou bien soit ils ont menti. Je ne ressens plus la présence des dieux. Peut-être qu'ils ont constaté ma faiblesse, et ont décidé de m'abandonner à mon sort. C'est sans doute mieux ainsi, que je reste seule... Je ne crois plus en rien, ni en moi-même. Je rentrerai dans l'Histoire, mais comme étant la jeune écervelée qui a osé défier un dieu, et dont le squelette demeure à présent au fond des entrailles d'un énorme serpent. Qui me plaindrait ?

Dans ma rage et mon désespoir, je lance le bouclier d'Athéna qui vient se cogner contre le sol en mosaïque. Il est à présent à moitié dans le vide, prêt à tomber. C'est alors que je vois un symbole, que je ne peux que reconnaître. Un visage crispé, avec une chevelure formée de serpents, orne le bouclier de la déesse. Mais cette image n'a pas été gravée dans la pierre par Héphaïstos. Cette tête était bien réelle, offerte par Persée. Ce Héro, a été tué Méduse, dont les yeux pouvaient pétrifier toutes les âmes qui osaient la regarder. Même une fois décapitée par le fils de Zeus, les pouvoirs de la femme serpent ne se sont jamais dissipés. Ainsi, Persée a pu sauver la cité d'Argos du terrible Kraken, en utilisant les pouvoirs de Méduse. Le monstre tout droit sorti des Enfers a été pétrifié, et vaincu.

La légende raconte qu'après avoir tué la bête, Persée a offert la tête de Méduse à Athéna, pour la remercier de son aide. On dit qu'elle repose à présent sur le bouclier de la déesse. C'est alors qu'une idée me vient. À présent je sais comment battre Hélios. Aucune arme ne pourra m'aider à vaincre le serpent, mais bien des pouvoirs. Je me lève alors d'un bon, et retourne chercher le bouclier. Mais une violente secousse me fait tomber au sol, et le bouclier se met à se déstabiliser, menaçant de chuter. Je suis beaucoup trop loin pour le rattraper, même si je me relevais et me mettais à courir aussi vite que l'éclair.

Alors que tout espoir semble perdu, ainsi que le bouclier, un pied vient se poser sur l'arme défensive, le retenant de la chute. Lorsque je lève le regard vers mon sauveur, les larmes me montent aux yeux. Le nouvel arrivant ramasse le bouclier, et me le tend tout en souriant.

– Encore un fois, tu ne peux pas te passer de moi, dit-il.

– Ectellion !

Je me lève d'un bon, et le prends dans mes bras tout en éclatant en sanglots. Il m'a tellement manquée, que me retrouver contre lui me fait oublier l'endroit où je me trouve.

– Tu ne croyais tout de même pas que j'allais te laisser affronter ce malade sans moi ?

– Comment es-tu venu ici ?

– Et bien, je connais un certain dieu qui est aussi borné et amateur du danger que moi.

– Hermès. Je règlerai mes comptes avec lui plus tard.

– Exactement, plus tard. Parce que tu vas y arriver mon amour. Je crois en toi plus qu'en n'importe qui sur cette Terre. Ne le laisse pas gagner.

Je ne cesse de le regarder, n'arrivant toujours pas à m'imaginer qu'Ectellion est bien là, devant moi, à me montrer son soutient. Moi qui pensais que le revoir en ces circonstances me ferait encore plus peur, finalement cela ne fait qu'accentuer ma force. Ma peur s'est envolée, car je ne suis plus seule, et parce que j'ai trouvé le moyen de vaincre Hélios. Cette fois-ci, il ne me l'enlèvera pas.

– Je t'aime, dis-je à Ectellion tout en l'embrassant.

– Moi aussi. Maintenant, vas-y et tue-moi ce maudit vers-de-terre. 

Akenna-TOME 2- Le retour du serpentDes histoires addictives. Découvrez maintenant