MIA pose son regard sur sa camarade. La remarque d'Amélie l'a interpelée ; elle se rend enfin compte de l'état actuel de Zoé, se demande même comment elle a fait pour ne pas le remarquer plus tôt.
– Moi, je vais aux toilettes. Ça va aller les filles ?
Hochement de tête des deux côtés — Amélie et Irina sortent ensemble, après un dernier coup d'œil inquiet en direction des jeunes filles.
Zoé pose sa tête sur le pull abandonné, fermant presque instantanément les paupières, pendant que Mia l'observe. Elle paraît si épuisée, au bord de l'effondrement, et la brune culpabilise immédiatement de ne pas avoir fait plus attention. La rouquine l'a aidée, soutenue et réconfortée : et elle, qu'a-t-elle fait en échange ?
Elle se sent égoïste et affreuse, presque monstrueuse. Elle, toujours si renfermée, qui se tient constamment en retrait et peine à se faire des amis, aura finalement tourné le dos à celle qui s'en rapproche le plus.
Elle reste indécise, le dos droit sur sa chaise, une tristesse incommensurable dans le regard. Du moins jusqu'à ce que Zoé entrouvre les yeux, redressant juste assez la tête pour déplier un peu le pull.
– Qu'est-ce que t'attends ? Capitaine Amélie nous a ordonné de nous reposer.
Du bout des doigts, elle libère un coin de l'oreiller improvisé et Mia ne tarde pas à poser à son tour la tête dessus.
– Ça va ? ne peut-elle s'empêcher de demander.
– C'est rien.
Mais Mia n'est pas dupe, elle sait pertinemment que ce n'est pas rien, bien au contraire. C'est si gros et elle se sent si petite, inutile et incapable. Même pas fichue de lui rendre ne serait-ce que quelques miettes de ce que Zoé lui a donné.
Sa déception et sa peine se reflètent dans ses prunelles sombres et c'est probablement pour cette raison que la jeune fille aux yeux vert d'eau finit par céder. Elle prend une intense inspiration, qui semble mobiliser la totalité de ses forces, avant de tout relâcher dans un murmure. Comme pour lui donner une dimension irréelle.
– C'est comme ça depuis que je suis petite. J'ai très peu d'énergie et tout m'épuise. Après une journée, j'ai souvent mal partout. Et à la fin, je tiens rarement debout. C'est pour ça que je suis dispensée de sport, j'enchaînais les malaises. Mais la plupart des profs s'en foutent, pour eux je simule juste. La seule qui semble s'en occuper un peu, c'est la directrice, et ça me tue d'avouer ça.
– Et... ça vient d'où ?
– Je sais pas. Mes parents disent que ça vient peut-être de mes parents biologiques.
– Tes parents biologiques ?
– Ouais, j'ai été adoptée, une grande première hein ? Née sous X. Quand mes pouvoirs se sont révélés... mes parents ne sont pas des sorciers. Lamy s'en est occupée.
Elle rigole, légèrement, même si Mia se doute de l'effort que ça doit lui demander. Et qu'elle ne fait ça que pour la rassurer, même si au fond elle doit être infiniment triste. Elle-même ne s'imagine pas être arrachée à ses parents ; et elle comprend enfin pourquoi sa camarade agit comme ça, pourquoi elle a tant de haine, pourquoi elle rejette continuellement l'autorité. Et la directrice plus exactement.
– Tu... enfin...
Les mots se coincent dans sa bouche — elle ne sait pas quoi dire.
– Mes parents me manquent, oui. Mes vrais parents, pas ceux qui m'ont abandonnée. Je suis retournée les voir, une fois. Ils m'ont pas reconnue. Normal.
Elle ferme de nouveau les yeux, Mia décide de la laisser se reposer enfin. Elle ne veut plus se mêler de ça, même si les confessions lui réchauffent le cœur. Elle ne se sait pas digne de ça, pourtant elle l'accepte avec un plaisir non dissimulé ; et une larme de compassion. C'est, pour elle, la plus belle preuve de confiance.
Doucement, Zoé remonte une main, la dépose sur le pull à côté de sa tête et Mia ne voit plus que ces doigts fins.
– Mordant a dit que c'était possible de retrouver mes parents biologiques. Mais je veux pas. J'aurais aimé savoir si tout ça, ça vient bien d'eux, mais je veux pas les voir. Je veux pas apprendre à les connaître. Ils ont jamais été mes parents.
Les derniers mots sont lâchés dans un souffle, à peine audibles, alors que sa respiration se fait régulière. Après quelques instants, Mia devine que la jeune fille s'est endormie. Et dans une pulsion qu'elle ne tente même pas de réfréner, elle lève sa propre main, entremêlant ses doigts avec ceux de sa camarade. Dans son sommeil, cette dernière sourit. Et l'adolescente sent son coeur de gonfler, à l'idée d'avoir participer à cette petite étincelle de bonheur.
Si elle peut aider Zoé, alors elle est heureuse.
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Collées
Teen FictionZoé a tagué, Mia était là, Irina s'est battue, et Amélie a volé. Quatre histoires différentes, qui se mêlent et se recoupent jusqu'à n'en former plus qu'une en cette fraîche soirée aux relents de magie.
