(grossophobie)
MIA ne sait que trop bien pourquoi elle s'est levée si tôt, ce matin. Ses cheveux rebiquent, se dressent sur sa tête, mais elle ne prend pas le temps de les dompter. Ce n'était peut-être pas une si bonne idée, d'opter pour un carré, finalement. Elle voulait juste du changement, alors elle a agi. Elle voulait ne plus se reconnaître dans la glace. Et elle a réussi. Mais elle n'aime toujours pas ce qu'elle y voit. Son visage trop rond, ces kilos qu'elle sait en trop, que tout le monde lui jette à la figure.
Ce matin, Mia s'est levée tôt pour pouvoir aller courir. Elle sait qu'une fois le soleil levé, elle pourra pénétrer sans crainte dans le parc du pensionnat. Alors, elle sort silencieusement de sa chambre, pour enfiler ses affaires de sport. Son pantalon, moulant, fait ressortir ses bourrelets qu'elle tente d'écraser avec une grimace. Mia s'est toujours détestée, aujourd'hui ne fait pas exception. Pourtant, elle est déterminée à se transformer. Pour pouvoir un jour s'aimer. Elle jaillit de la douche et, d'un pas rapide, rejoint l'entrée. Elle profite de quelques minutes de pause pour faire ses étirements. Réglée comme une horloge, la porte ne s'ouvrira pas avant six heure trente tapantes, Mia n'y peut rien. Alors, elle attend patiemment que le cliquetis caractéristique retentisse pour pouvoir bondir dehors. Elle rejoint le bâtiment central à petites foulées. Le petit déjeuner n'est probablement pas encore servi, mais elle peut toujours prendre une barre dans les distributeurs. Au début, elle envisageait de courir le ventre vide, pour perdre le gras plus rapidement. Pourtant, son ventre crie déjà famine et elle a peur de s'effondrer en quelques minutes. Elle pousse la lourde porte d'entrée, salue le gardien, dont l'air ensommeillé témoigne de son énième nuit de surveillance. Se mordillant le pouce, elle hésite pendant quelques instants devant le distributeur du hall, avant de s'éloigner dans les couloirs. Il n'y a pas ses barres préférées, mais elle sait pouvoir les trouver un peu plus loin. Et si elle ne les trouve pas, elle devra probablement se rabattre sur celles à la pomme et à l'abricot, même si elle les trouve vite écœurante. Non, ce qu'elle préfère, ce sont celles aux fruits rouge. Et celles au chocolat, mais elle ne veut pas pousser le vice si loin.
Étouffant un bâillement, elle fronce les sourcils en voyant apparaître une fusée. La nouvelle venue ne s'arrête pas, passe à côté d'elle comme si elle n'existait pas. Mieux vaut ça que les insultes, se dit-elle.
– Mais bonjour quand même, hein, marmonne-t-elle.
Curieuse sans pour autant perdre de vue son objectif, elle reprend sa marche et, au détour du couloir, fronce les sourcils en apercevant une autre élève. Figée celle-là, ses yeux verts écarquillés par la surprise. Mia ouvre la bouche, prête à la saluer, mais n'en a pas le temps. Elle se fait traîner par la poigne de cette fille et ne comprend une nouvelle fois rien à ce qui se passe. Elle envisage de poser la question, peut-être même de crier. Dans le fond de son cœur, elle a peur de se faire entraîner dans un piège. Peut-être que ses tortionnaires ont finalement décidé d'aller au bout des choses. De convaincre une inconnue pour lui tendre un guet-apens et se moquer encore plus d'elle - ou pire.
Ce à quoi elle ne s'attendait pourtant pas, c'est à la voix sèche qui les coupe dans leur élan.
– Mesmoiselles Tran et Maybon ? Venez dans mon bureau. Immédiatement.
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Collées
Roman pour AdolescentsZoé a tagué, Mia était là, Irina s'est battue, et Amélie a volé. Quatre histoires différentes, qui se mêlent et se recoupent jusqu'à n'en former plus qu'une en cette fraîche soirée aux relents de magie.
