AMÉLIE, une lampe en main, rejoint les deux adolescentes d'un pas pressé.
– Ça va ?
Aucune réponse, juste de vagues hochements de têtes. Malgré l'obscurité, la blonde ne peut que remarquer les dents serrés de Zoé, le regard tourmenté de Mia. Elle se poste de l'autre côté de la brune, passe un bras autour de ses hanches pour soulager un peu le fardeau de la rouquine. Un grognement de remerciement pour toute réponse ; elle s'inquiète mais décide de ne rien montrer. A quoi bon, de toute manière, comme aucune des deux ne semble vouloir en parler ?
Elles retrouvent le bâtiment principal et Amélie tente un regard en direction de Zoé.
– On l'amène à l'infirmerie ? Dans son bâtiment ?
– Je veux pas être seule, marmonne Mia.
Elles hésitent, finissent par s'asseoir par terre, sur les marches devant la porte ; délaissant ses camarade, la blonde entreprend de vérifier le verrou. Évidemment, le bâtiment est fermé. Peut-être que la deuxième entrée est encore être ouverte, la bibliothèque restant accessible jusque tard dans la nuit, mais Amélie ne sait pas si c'est vraiment une bonne idée. Mia a beau retrouver des couleurs, et tenter un petit sourire, elle ne semble pas prête à se relever. Le regard fixé sur ses chaussures, la brune triture les manches de sa veste.
– Désolée... pour tout ça.
– T'excuse pas, Mia, c'est pas ta faute.
– Tu penses ?
Elle lève la tête, croise le regard bienveillant d'Amélie et sourit un peu plus sincèrement. A côté, Zoé reste silencieuse, l'épaule appuyé contre celle de sa camarade. Avec mille précautions, la blonde finit par s'asseoir près de Mia et passe un bras autour des épaules de la jeune fille dans un geste qu'elle espère réconfortant. Amélie a toujours fait attention à être douce et gentille, généreuse mais pas trop, attentive et souriante. Elle propose son aide sans compter, écoute attentivement les maux de ceux qui en ont besoin. Elle parle rarement d'elle, par contre, cultive le mystère et cet aura qui suscite admiration et reconnaissance parmi les élèves.
La tête penché, le regard fixé sur le chemin qui serpente vers la forêt, elle note l'apparition des deux dernières femmes, Irina légèrement en tête, comme excédée. Si Amélie ne la connaît pas encore bien, elle commence néanmoins à comprendre et interpréter ses expression. Elle l'aime bien, véritablement, et ce fait est suffisamment étonnant pour être remarqué. Amélie apprécie les gens, a l'habitude de se lier aux autres, mais ne se repose jamais complètement. Les personnes qu'elle considère comme de véritables amis, qu'elle aime au-delà de tout, se comptent sur les doigts d'une main. Elle a toujours privilégié la quantité à la qualité et ne se rend compte que maintenant de son erreur.
L'enseignante les rejoint sans attendre et la brune reste en retrait, levant les yeux au ciel dans une parodie qui fait sourire Amélie.
– Ça va ?
Sa voix est revêche, loin d'être compatissante. Debout, elle les regarde de haut, et Amélie ne peut s'empêcher de la détester. Elle qui a toujours fait attention à s'attirer les bonnes faveurs de ses professeurs, d'entrer dans leurs grâces à coup de sourires polis et de mots respectueux, ne parvient plus à les supporter. En quelques heures, Amélie a l'impression d'avoir plus changé que dans tout le reste de sa vie.
Mia hoche la tête, doucement, délicatement. Ses yeux se baissent de nouveau.
– On peut continuer, alors.
Et sans un regard de plus dans leur direction, Brunet les contourne pour rouvrir la porte d'entrée. La blonde adresse un regard surpris à ses camarades, sur le point d'élever sa voix. Mais Mia la prend de vitesse, se relevant sans aide. Elle semble hésitante, les jambes flageolantes ; elle ne ploie pourtant pas et suit les pas de l'enseignante, bien vite accompagnée par Irina.
Amélie et Zoé leur emboîtent le pas. Elles traînent à l'arrière du petit cortège, toutes surveillant le dos de leur camarade pour vérifier qu'elle ne s'effondre pas une nouvelle fois. Amélie repense aux paroles de Zoé, se demande ce que ça fait les crises de panique ; elle n'a jamais véritablement vécu ça. D'un naturel plutôt calme et posée, elle n'angoisse que peu, sa seule peur consistant à ne pas être aimée, de ne pas parvenir à être aussi parfaite qu'elle le souhaiterait. Des problèmes de fille à papa, dirait probablement la rouquine. La blonde sourit à cette pensée ; elles n'ont peut-être pas été amies bien longtemps, pourtant elle l'a suffisamment côtoyée pendant cette période pour anticiper ses réactions.
Attendrie, elle tente un regard vers sa camarade, qui se solde par un froncement de sourcils. Dans la lumière artificielle et agressive du hall, Zoé paraît encore plus livide. Sa peau, déjà habituellement trop pâle, semble presque translucide. Et ses cernes, comme deux tâches noires; ressortent violemment. Amélie ralentit le pas, se laisse rattraper.
– Hé, ça va ?
Elle pose la question, mais connaît très bien la réponse : non ça va pas, mais Zoé prétextera toujours le contraire, quand bien même elle serait sur le point de s'écrouler. Un ego encore plus imposant que le sien.
VOUS LISEZ
Collées
Novela JuvenilZoé a tagué, Mia était là, Irina s'est battue, et Amélie a volé. Quatre histoires différentes, qui se mêlent et se recoupent jusqu'à n'en former plus qu'une en cette fraîche soirée aux relents de magie.
