00:00

64 10 2
                                        

MIA ne peut s'empêcher de soupirer de soulagement quand elle rejoint Zoé dans le hall d'entrée. Terrifiée à l'idée de perdre sa camarade de vue, elle n'a lâché qu'un vague au revoir à son enseignante avant de déguerpir. Mais Zoé est là. Elle l'a attendue. Enfin, elle les a attendues.

Elle sourit en entendant la brune et la rouquine se chamailler, tique quand Amélie intervient. Le refus, net et précis de Zoé, la fait sourire. Elle sait que son comportement est immature, pourtant ça ne change rien à ce qu'elle ressent. Du soulagement.. Parce que Zoé l'a choisie, elle. Plutôt que la blonde, c'est vers elle qu'elle s'est tournée. Pour la première fois de sa vie, elle n'est pas la cinquième roue du carrosse, le vilain petit canard, celle qui traîne en bout de file et que tout le monde oublie. Pour la première fois de sa vie, elle se dit que, peut-être, elle vaut le coup. Qu'elle n'est peut-être pas si détestable que ce qu'elle a toujours pensé.

– A plus les nulles, je prie pour ne jamais vous revoir, lâche Zoé, moqueuse.

Mia la regarde franchir la porte, puis cette dernière se refermer avec un claquement sec. Et elle hésite, plantée droit comme un piquet.

Et si elle s'était trompée ?

La joie retombe d'un coup. C'est une main pressée contre le bas de son dos qui la pousse en avant. Elle se détourne pour voir le sourire d'Amélie.

– Va la rattraper, t'attends quoi ?

Et Mia se décide, instantanément. Elle adresse un dernier signe de la main à ses camarades et s'enfuie pour rattraper la forme aux cheveux flamboyants qui s'éloigne. Elle la rejoint en quelques pas, déjà essouflée. Elle n'a vraiment aucun cardio, elle l'a toujours su.

Distraitement, elle le note dans sa liste de choses à s'améliorer. Courir plus souvent. Bon, courir tout court et ne pas être interrompue, la prochaine fois. Elle aimerait s'améliorer, pour elle-même.

– Tu... tu pensais à moi aussi ? demande-t-elle en observant Zoé.

– De quoi tu parles ?

– Que tu veux plus nous revoir.

– Je plaisantais, Mia. Bien sûr que j'veux te revoir.

Elles s'arrêtent, à l'embranchement entre leurs deux dortoirs. Mia ne veut pas la quitter, mais elle n'a pas le choix, elle le sait. Elle ne peut pas être égoïste et la garder pour elle, même si elle en meurt d'envie.

Elle observe cette fille qu'elle ne connaissait pas le matin même. Son visage est pâle, éclairé par le lampadaire juste au-dessus de sa tête qui se reflète dans la monture dorée de ses lunettes et assombrit son regard. Zoé lui sourit, ce qui fait naître des papillons dans l'estomac de la brune, puis détourne la tête et laisse cette fois place à la déception. Elle semble admirer l'horizon, les quelques lueurs qu'elle peut apercevoir. Vers la forêt, une vague lumière bleue rappelle à Mia les événements de cette soirée. Et l'émotion lui serre la gorge. Il s'est passé tellement de choses qu'elle a besoin de mettre de l'ordre dans tout ça. Mais elle a peur, en même temps, d'être trop lente et de tout perdre. Et elle ne veut surtout pas que la soirée se finisse.

Son éternel dilemme.

– Dis, Mia, tu connais Breakfast Club ?

– Euh... non ?

– C'est un film grave sympa. J'te le montrerai.

Et, le regard toujours tourné, Zoé lève le bras, brandissant son poing vers le ciel. Mia fronce les sourcils ; elle ne comprend pas le rapport, ne voit pas où sa camarade veut en venir.

Tout ce qu'elle sait, tout ce qu'elle remarque, c'est ce léger sourire en coin qui relève ces lèvres si fines, ses yeux brillants et son air si mystérieux.

Tout ce qu'elle sait, c'est qu'elle a désespéramment envie de l'embrasser.

ColléesOù les histoires vivent. Découvrez maintenant