IRINA quitte les toilettes d'un pas pressé. Elle a pris le temps de se remettre de ses émotions, de calmer la rage grandissante au creux de mon estomac ; maintenant, elle a hâte de retourner dans la salle. Elle veut vérifier que tout se passe bien, que ses camarades sont en sécurité, se portent mieux également.
Avisant Amélie au bout du couloir, les bras chargés, elle accélère légèrement le pas. Elle lui récupère quelques friandises et une bouteille.
– T'as pas fait les choses à moitié hein, lance-t-elle, ironique.
– Je savais pas quoi prendre... alors je me suis dit que c'était mieux trop que pas assez.
– C'est vrai. Je mets une option sur la pâte de fruit.
– J'en ai pris pour voir, mais j'ai jamais goûté.
– T'es sérieuse ? C'est le bonheur sur terre. Allez ça marche, je veux bien partager.
– Je suis... pas sûre.
– Comme tu veux, Amélie.
Le sourire d'Irina se fait plus doux, plus compatissant. Elle ne sait pas vraiment quoi ajouter de plus pour la faire se sentir bien, espère que son soutien suffira.
L'une après l'autre, elles rentrent dans la salle et déposent précautionneusement leurs provisions sur la table. Si Mia cligne des yeux en les entendant et leur adresse un coup d'œil curieux, ce n'est pas le cas de Zoé, qui reste figée comme une statue. Alors dans le doute, les jeunes filles préfèrent être prudentes et silencieuses, pour éviter de la réveiller. Ce qui n'empêche néanmoins pas Irina de grimacer en voyant la position de la rouquine ; elle aura mal au cou en se relevant, c'est sûr. Ou pas forcément. Un petit sort et tout rentrera dans la normale.
Elle s'installe à table, entreprend de préparer les champignons. Amélie s'assoit à côté d'elle et quand Mia fait mine de se redresser, Irina lui intime de ne pas bouger.
– On s'en occupe, chuchote-t-elle.
Du coin de l'œil, elle constate que sa camarade reprend sa position initiale, sourire aux lèvres. Elle remarque aussi que les deux se tiennent la main, se demande depuis quand. Et pourquoi, surtout. En quelques heures, les jeunes filles ont noué une relation qui lui est aussi étrange qu'inconnue et qui pourtant lui fait plaisir.
Si on lui avait posé la question aujourd'hui, elle aurait imaginé tout un tas de scénarios, mais certainement pas que la soirée se passe de cette manière. En arrivant, elle n'appréciait aucune des personnes de cette pièce ; maintenant elle se surprend à, doucement, éprouver de l'affection pour chacune d'entre elles. Malgré ça, la perspective de revoir ses camarades deux fois par semaine jusqu'à la fin de l'année la fait soupirer. Mordant les a prévenu, leur punition est loin de se finir en une fois. Et elles n'ont plus le droit à l'erreur, l'exclusion leur pendant au nez.
Tant de temps perdu, qu'elle aurait pu passer à réviser.
Son soupir lui attire l'attention d'Amélie, qui lui donne un léger coup de coude. Loin de s'en formaliser, la brune se contente de secouer la tête — elle n'a rien à dire et doute que la blonde puisse la comprendre, de toute manière.
– Ça va mieux, Mia ? demande Irina, pour concentrer les regards sur la jeune fille.
– Oui...
– C'était la première fois que ça t'arrivait ?
– Je... à ce point, oui. Mais sinon, non.
– Ça t'arrive souvent ?
– Parfois.
Mia se redresse pour s'adosser à sa chaise, entraînant avec elle la main de sa camarade toujours endormie. De ses doigts libres, elle tire sur son tee-shirt, rabat les pans de sa veste, comme gênée.
– T'as pas trop chaud ?
– J'ai jamais trop chaud.
La jeune femme sourit ; et Irina le lui rend. La situation a beau évoluer positivement, Mia semble toujours autant gênée et son aînée ne parvient pas à cerner le problème. Elle imagine que ce n'est qu'une question de caractère, qu'elle ne pourra jamais totalement comprendre les autres.
Avec un haussement d'épaules, elle se concentre de nouveau sur son travail, atteignant rapidement son rythme de croisière. Avec Amélie, elles enchaînent méthodiquement et rapidement les champignons — contrairement à tout à l'heure, dans la cuisine, la blonde ne rechigne pas au travail, ce qui rassure grandement Irina. Elle n'était pas particulièrement ravie à l'idée de se trimballer une nouvelle fois un poids mort.
– Merci, finit par lâcher Mia d'une petite voix.
Par instinct, Irina s'apprête à secouer la tête ; elle se retient néanmoins et finit par accepter les remerciements. Si la jeune fille y tient, alors qu'est-ce que ça lui coûte de la laisser faire, après tout ?
Croisant le regard d'Amélie, elle constate que cette dernière est parvenue à la même conclusion ; elles scellent leur accord d'un sourire mutuel et complice avant de se remettre au travail. Inutile d'encourir les foudres de Brunet, elles préfèrent toutes deux accomplir leur tâche au plus vite. Et ce, même si l'instinct perfectionniste d'Irina la pousse à donner le meilleur d'elle-même afin que le résultat soit irréprochable.
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Collées
टीन फिक्शनZoé a tagué, Mia était là, Irina s'est battue, et Amélie a volé. Quatre histoires différentes, qui se mêlent et se recoupent jusqu'à n'en former plus qu'une en cette fraîche soirée aux relents de magie.
