Dans la salle, un grand remue-ménage se fit entendre. Tous les villageois se levèrent d'un seul coup, repoussant leurs chaises, les faisant grincer sur le parquet ciré. Les femmes serraient leurs enfants contre elles. Un garçon pourchassait ses copains en riant et en poussant hurlements et grognements. Un brouhaha de voix s'éleva et l'homme qui venait d'entrer fut vite entouré et pressé de questions.
‒ Tu dis que la bête a été aperçue, Abbott ? lui demanda quelqu'un.
‒ Elle a enlevé ta fille ? s'exclama un autre.
Aspen se pencha vers l'aubergiste qui tremblait de tout son corps :
‒ Qu'est-ce qu'il se passe ?
‒ Une bête rôde à Denha depuis quelques temps, expliqua-t-elle, bouleversée. Elle a enlevé plusieurs filles du village et on ne les a pas retrouvées...
Le jeune homme hocha la tête prudemment. Devaient-ils aider les villageois à chercher les disparues ? Les pauvres devaient mourir de peur. Ou bien devaient-ils profiter de l'agitation pour fuir ? Si la rumeur qu'un monstre errait dans les environs parvenait aux oreilles de la Cour, ils enverraient sans doute quelques soldats qui risqueraient de les trouver et les capturer par la même occasion. Ils devaient privilégier leur sécurité.
Le brigand passa sa main dans ses cheveux blonds, mais à ce moment-là, Farrah, qui se tenait aux côtés du père de la jeune fille enlevée, s'écria :
‒ Nous allons vous venir en aide !
Tout le monde se tourna vers lui. Aspen soupira.
‒ Voyons, vous n'y pensez pas ! lâcha un grand gaillard baraqué. Vous êtes un comédien, et non un chasseur ou un soldat !
Le brigand fit un pas en avant.
‒ Nous avons de l'expérience dans ce domaine, fit-il. Nous chassons pour nous nourrir quand nous sommes sur les chemins. Nous allons retrouver votre fille.
‒ Je vous remercie, déclara le dénommé Abbott. Organisons une battue avant qu'il ne soit trop tard.
***
Ils ratissèrent le village et les environs, fourche au poing, fouillant chaque recoin de la forêt qui bordait le hameau. Ils finirent par se séparer en petits groupes, et Aspen se retrouva avec Farrah, Eira, le chef du village et le forgeron. Il avait sommé à Althea de rester dans sa chambre à l'auberge. La reine, elle, avait insisté pour les accompagner.
Dans les bois, une brume fantomatique s'élevait lentement entre les sapins, réduisant leur champ de vision. Les branches des arbres s'entremêlaient comme pour les emprisonner dans leurs griffes, cachant le peu de lumière qu'il restait, laissant seulement filtrer une lueur glauque. Le jeune homme avançait sur la mousse humide où la neige avait fondu, humant l'odeur de terre, repoussant les ronces qui leur barraient le chemin.
‒ Restez bien derrière moi, ordonna-t-il à la souveraine.
Soudain, un fleuve apparut devant eux. Au bout d'un ponton était amarré une barque. Le chef du village s'avança et la détacha.
‒ Venez ! s'écria-t-il. Nous pourrons traverser la forêt plus vite.
Ils grimpèrent à bord de l'embarcation et Aspen se saisit d'une rame. Le petit groupe vogua sur les eaux noires où flottaient des morceaux de glace et où les lunes se miraient, examinant la rive avec attention. La nuit était maintenant tombée, et le forgeron alluma une lanterne. Un halo doré et vacillant comme un ver luisant se réverbérait sur la surface du fleuve.
‒ Il est trop tard, nous ne trouverons rien, marmonna l'artisan du feu. Nous ferons mieux de rentrer à Denha avant que la bête ne réapparaisse.
‒ Non, poursuivons nos recherches, plaida le maire. Au fait, comment se porte ton fils ?
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Frozen Tears
FantasyLaissez-vous emporter par une réécriture de la reine des neiges dans la cour des Fey ! Dans le royaume gelé de Bylur, où la magie est interdite, les Fey règnent en maître. Froids et cruels, ils constituent la haute classe et dominent les humains. E...
