La procession s'avança dans la grande salle, avec les porte-étendards en tête de file. Un coquillage large de couleur crème figurait sur les drapeaux azuréens. Puis virent les musiciens, battant du tambour et jouant du Chalil, une petite flûte incurvée originaire de la Contrée de Lacs. Ils étaient suivis des ambassadeurs du pays, vêtus d'habits reflétant la lumière et ondulant comme de l'eau. Leurs cous et le lobe de leurs oreilles étaient ornés de bijoux en corail et de perles.
Une jeune Fey entourée de gardes du corps fermait le convoi. Elle avait des longs cheveux blonds tressés et un visage en forme de triangle inversé. Sa peau avait été embrassée maintes fois par le soleil, lui conférant une teinte dorée.
Un représentant fit un pas en avant vers le trône :
‒ Votre Majesté, je me nomme Lord Barun et je suis l'émissaire du roi Delmar V.
Eira inclina la tête dans sa direction.
‒ Le roi vous envoie ses salutations respectueuses, reprit-il. Nous regrettons amplement de ne pas avoir pu assister à votre couronnement, mais la traversée du Détroit de Bael est comme vous le savez très périlleuse. Nous avons donc pris du retard dans notre voyage.
‒ Je suis fort honorée par votre présence et remercie les dieux pour votre arrivée à bon port, déclara la reine.
‒ Sa Majesté n'a pas pu faire le déplacement, mais il vous envoie sa fille aînée, la princesse Deidre.
Cette fois-ci, Eira descendit de son trône pour saluer la jeune fille. Cette dernière s'inclina bien bas devant elle. Avant de se rasseoir, la souveraine remarqua qu'elle portait un pendentif représentant une tortue de mer émaillée.
‒ Je vous apporte également une proposition qui pourrait vous intéresser, poursuivit Lord Barun.
‒ Je vous écoute.
‒ Le prince Zulimar, héritier de la maison Lago, souhaite rapprocher nos deux nations... par le biais du mariage.
Tous les yeux des courtisans présents se tournèrent vers Eira, qui se redressa sur son siège. Lissant les plis de sa robe, s'humectant les lèvres, elle prit son temps pour répondre.
‒ Je... considérerais sa proposition, Votre Grâce.
‒ Le prince vous envoie également un cadeau en gage de son dévouement envers vous et dans l'espoir d'une union prochaine, dit encore l'ambassadeur. Il vous prie de l'accepter.
Il fit un signe à l'un de ses hommes. Celui-ci s'avança, portant un petit coffre de bois verni. Il l'ouvrit, et Eira entraperçut l'éclat de bijoux précieux ainsi que des joyaux rutilants.
‒ Ces parures ne feront que rehausser votre beauté, indiqua Lord Barun. Sa Majesté a sélectionné spécialement les plus belles pierres lui-même. Elles font la fierté de notre pays. Il y a également joint un de ses portraits miniature.
‒ Remerciez le prince de ma part, énonça la reine. J'accepte bien volontiers son présent, et lui envoie mes amitiés.
Peut-être avait-elle parlé trop vite. Les Fey n'avaient pas d'amis. Ils n'avaient que des alliés, ou des ennemis mortels. Elle fit un signe de la main, et Lady Hati se saisit du coffret.
‒ J'étudierais sa demande en présence de mon conseil. Ce sera un plaisir de vous revoir lors du bal. Mes serviteurs vont vous conduire à vos chambres, conclut-elle.
Les dignitaires s'inclinèrent et prirent congé. Eira descendit de son trône et se retira avec ses dames de compagnie, qui ne manquèrent pas de commenter la scène.
‒ Le prince héritier de la Contrée des Lacs est un très beau parti, nota Lady Ulyana. Sa flotte est presque aussi imposante que la nôtre, et nous conférerai un avantage certain.
‒ De plus, on dit que le prince Zulimar est fort agréable à regarder, gloussa Lady Lyorna, qui adorait les commérages.
‒ Son pays se trouve par-delà le Détroit de Bael, grimaça Lady Monia. C'est tristement loin. On raconte qu'ils ont des mœurs et des coutumes étranges...
‒ Voyons, Lady Monia, les habitants de cette contrée disent probablement la même chose de nous, tempéra Lady Kyra.
‒ Ils se baignent nuit et jour, aussi bien dans les lacs que dans la mer, comme des nymphes des eaux. Le sang de ces étranges créatures coule sans doute dans les veines de la maison Lago, soupira rêveusement Lady Lyorna.
‒ Les riches hommes de ce pays prennent plusieurs épouses, insista la comtesse de Borghild. Cela serait un déshonneur pour...
‒ Ne dites pas des inepties, s'emporta Lady Kyra. Si la reine le prend comme consort, il abandonnera cette ignoble tradition !
‒ Nous n'aurons qu'à demander à la princesse Deidre si tout cela est vrai, suggéra Lady Dolion pour apaiser le groupe.
Elles étaient arrivées devant la porte des appartements de la reine. Les gardes postés devant en ouvrirent les battants, et la petite suite pénétra dans l'antichambre.
‒ Votre Majesté, pouvons-nous admirer vos pierreries ? s'enquit Lady Lyorna.
‒ A votre guise, marmonna Eira en se saisissant d'un livre posé sur un fauteuil.
Les dames s'empressèrent d'ouvrir le petit coffre, tandis que Lady Dolion prenait place sur un divan à côté de la reine. Les colliers passèrent de main en main, et des exclamations de joie retentirent dans la pièce. Les bracelets furent essayés, et les pendants d'oreilles contemplés au moindre détail. Enfin, elles tombèrent sur la petite miniature du prince Zulimar. Lady Lyorna l'arracha des mains de l'héritière de la maison Sirii. Lady Hati poussa un petit cri de surprise alors que les suivantes se penchaient sur la peinture.
‒ Il est terriblement beau, souffla Lady Lyorna en repoussant ses longs cheveux blonds. Si j'étais Sa Majesté, je pense que je...
‒ Voyons, un peu de retenue, la rabroua Lady Ulyana en son rôle d'aînée.
‒ Il me faut admettre qu'il a l'air droit et noble, reconnut Lady Monia. Quoi qu'il ne ressemble guère à la princesse Deidre.
Lady Kyra se saisit à son tour du portrait et le tendit à bout de bras en direction de la reine.
‒ Votre avis, Majesté ? Après tout, c'est vous qui auriez peut-être l'honneur de le prendre comme époux !
Eira leva la tête de son livre et rencontra le regard sombre du prince Zulimar. Il avait les cheveux bruns et bouclés, les lèvres pleines, et la peau aussi dorée que sa sœur, presque mate. Il se tenait fier et droit dans sa redingote crème. Des étoiles de mer dorées pendaient à ses oreilles.
‒ Il est plutôt séduisant, fit-elle en voyant que toutes ses suivantes s'étaient tues, attendant sa réponse.
Les dames hochèrent la tête en signe d'approbation en commencèrent à débattre sur la pièce la plus ravissante. Eira, déconcentrée dans sa lecture, appuya sa tête dans le creux de sa main. Aussi aimable que devait être le prince, elle ne le désirait pas comme consort. Si elle se mariait, son secret serait alors menacé. Et puis la beauté des bijoux ne l'affectait pas. Elle aurait préféré que l'héritier de la maison Lago se renseigne sur elle et lui offre un objet plus personnel, comme un ouvrage précieux. Enfin, c'était peut-être trop en demander.
VOUS LISEZ
Frozen Tears
FantasíaLaissez-vous emporter par une réécriture de la reine des neiges dans la cour des Fey ! Dans le royaume gelé de Bylur, où la magie est interdite, les Fey règnent en maître. Froids et cruels, ils constituent la haute classe et dominent les humains. E...
