Eira resta muette un instant. Puis elle ajouta d'un ton chevrotant :
‒ Deidre, est-ce bien vous ?
‒ Oui, c'est bien moi, murmura la princesse.
Les deux femmes se regardèrent un moment, puis Deidre se leva et étreignit brièvement la reine, qui écarquillait les yeux comme si elle venait de voir une apparition.
‒ Il semblerait que nous nous retrouvons toujours dans les endroits les plus inattendus, affirma-t-elle. Je vous en prie, asseyez-vous.
Elle fit un signe de la main, et Eira vit l'homme qui lui avait souri se lever. Il lui ramena une chaise qui se trouvait dans un coin de la pièce. La souveraine prit place en face de la princesse disparue.
‒ Je crois que j'ai beaucoup de choses à vous expliquer, déclara Deidre. Pour commencer, bienvenue sur le Deuxième Chance. Je vous présente Feri, mon second, et Kamilo, le quartier-maître.
Elle marqua une pause.
‒ Vous vous souvenez sans doute de notre conversation sur la plage. Le soir-même, j'ai reçu une lettre de mon père m'enjoignant de rentrer au plus vite pour mon mariage. J'ai beaucoup réfléchi, et j'ai réalisé que j'aimais voyager, et encore plus être libre. C'est pourquoi j'ai décidé de m'enfuir jusqu'au port d'Aegir, et de m'engager sur un bateau. J'ai alors surpris une conversation entre un homme et une femme qui se trouvait être l'Impératrice pirate. Elle m'a intégrée à son équipage après que je lui ai raconté qui j'étais, et elle a vite reconnu mes talents de navigatrice. Elle m'a alors confié un des bâtiments de sa flotte, que j'ai nommé le Deuxième Chance. Ici, sur ce navire, je recueille tous ceux qui ont été rejetés, bannis ou exilés car ils sont différents. Je veux que les amoureux de la liberté puissent vivre leur rêve au grand jour.
La capitaine se tut, un grand sourire sur les lèvres.
‒ Je ne vous aurais jamais imaginée pirate, lâcha la reine. Mais je dois reconnaître que vous avez été courageuse d'écouter votre cœur. Vous avez changé votre destinée, pour le meilleur.
‒ Et pour le pire !
Deidre se pencha en avant, et lui dit sur le ton de la confidence :
‒ J'ai beaucoup ri en imaginant la réaction de ma délégation suite à ma disparition. M'ont-ils cherchée partout ?
‒ Oh oui ! s'écria Eira. Ils ont remué ciel et terre avant de trouver votre lettre !
La jeune fille s'esclaffa. La reine ne l'avait jamais vu aussi heureuse.
‒ Je l'avais cachée dans les plumes de mon oreiller, afin qu'ils ne la trouvent pas tout de suite, confia-t-elle encore.
Cette fois-ci, Eira laissa échapper un éclat de rire. Soudain, Deidre prit un air plus sérieux.
‒ J'ai été désolée d'apprendre que vous avez dû fuir votre royaume. Souhaitez-vous écumer les mers à mes côtés ?
‒ Oh, bredouilla-t-elle, j'aurais beaucoup aimé, mais je me dois de reconquérir Bylur. Je devais me rendre en Trivok pour rejoindre mes alliés, mais mon navire a fait naufrage en chemin. Je sais que c'est beaucoup vous demander, mais est-ce que vous pourrez me déposer là-bas ?
‒ Nous nous faisions justement route vers Thalassa pour nous y approvisionner. Nous pouvons vous y déposer.
Une ombre passa sur le visage de la reine.
‒ Est-ce que par hasard vous auriez repêché d'autres naufragés ?
‒ Avant de vous trouver, nous avons remonté une jeune fille aux cheveux roux, atteinte du mal vert. Nous l'avons isolée dans une chambre.
Eira bondit de son siège.
‒ Althea ! cria-t-elle.
‒ C'est ainsi qu'elle a dit s'appeler, en effet.
***
Eira, accompagnée de Rafaela, poussa la porte d'une petite remise et entra. Une baignoire en fer remplie d'eau de mer était disposée dans la pièce exiguë. Althea, toujours vêtue de sa robe rose pâle, était allongée à l'intérieur, le teint pâle, les yeux fermés, le front luisant de sueur. Ses longs cheveux auburn flottaient autour de son visage. Mille questions fourmillèrent dans l'esprit de la reine. Pourquoi était-elle aussi calme ? Était-elle sur le point de rejoindre les dieux ? Et pourquoi l'équipage avait risqué de contaminer tout le navire en sauvant une malade, qui, de plus, leur était inconnue ? Elle entrouvrit la bouche, mais la guérisseuse la devança.
‒ Le sel inhibe la maladie et l'empêche de se répandre dans le reste du corps, car il met le virus en état d'hibernation, expliqua-t-elle. En effet, la racine de Lidra, qui guérit le mal vert, pousse sur un certain type d'arbre que l'on retrouve au bord de la mer.
‒ Je vois, souffla Eira.
Ainsi, la jeune fille était maintenue dans une sorte de stase. Et en l'isolant dans de l'eau de mer, l'équipage ne risquait pas la contamination.
‒ Quand Vaarin et Gunnr ont remonté votre amie, reprit-elle, ils ont cru qu'elle était morte. Ils ont pris ses plaques vertes pour de la chair en décomposition. Mais Borvo, mon apprenti, m'a appelée lorsqu'il l'a vue trembler. J'ai tout de suite compris de quoi il s'agissait, et pris les précautions nécessaires.
‒ Je vous dois des remerciements pour l'avoir sauvée, avança Eira. Et des excuses pour vous avoir menacée avec un couteau.
Rafaela rit doucement, et ses anneaux d'oreilles se balancèrent en rythme.
‒ Ce n'est rien, déclara-t-elle. Vous étiez en terrain inconnu. Et...et les gens ont peur de ce qui sort de l'ordinaire.
La souveraine vit sa lèvre inférieure trembler.
‒ Est-ce que vous allez bien ? s'enquit-elle.
‒ Oui, merci de vous soucier de moi, Votre Majesté.
‒ Oh, je ne suis plus que Eira, désormais.
Rafaela eut un sourire triste.
‒ Nous ne sommes pas si différentes que ça, vous savez. Vous êtes traquée et avez dû fuir Bylur à cause de vos pouvoirs. Quant à moi, j'ai été chassée de Maren par mes confrères à cause de mes recherches bactériologiques. Dans les deux cas, les gens ont eu peur du danger que représentait l'inconnu.
Eira hocha la tête, livide.
‒ Vous devriez aller prendre l'air un peu sur le pont. Ça vous ferait du bien.
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Frozen Tears
FantasyLaissez-vous emporter par une réécriture de la reine des neiges dans la cour des Fey ! Dans le royaume gelé de Bylur, où la magie est interdite, les Fey règnent en maître. Froids et cruels, ils constituent la haute classe et dominent les humains. E...
