Le plafond blanchi à la chaux lui retourna son regard. Une fissure à peine perceptible lézardait au-dessus d'elle, et cela faisait déjà trois fois que ses yeux en suivaient le sillon.
Eira se retourna dans son lit, froissant ses draps. Malgré la journée éreintante qu'elle venait de vivre et celle qui l'attendait demain, elle ne parvenait pas à trouver le sommeil. L'escadron du Kanaloa s'était exercé jusque tard dans la soirée.
Elle se demanda si elle ne ferait pas mieux d'aller passer la nuit dans la petite bibliothèque de la caserne.
La reine se redressa sur sa couche. A sa gauche, Althea dormait profondément et Calida marmonnait quelque chose à propos d'un tas d'or. La jeune femme sourit. Elle devait sans doute rêver à des montagnes de richesses.
En face d'elle, Andri et Maveth somnolaient également. La navigatrice avait défait ses tresses, et ses cheveux châtains étaient étalés sur son oreiller. Seul le lit de la générale était vide, car elle veillait tard dans son bureau.
Il faisait chaud dans la chambre. A petits pas, Eira se leva et se dirigea vers la fenêtre. Elle poussa les battants en tâchant de ne pas faire de bruit et les rabattit contre le mur. Une brise rafraîchissante qui embaumait le parfum des fleurs sauvages pénétra dans la pièce. Les effluves odorants parvinrent aux narines de la reine, qui inspira profondément, les yeux fermés. A l'extérieur, on pouvait entendre le sifflement du vent dans les branches et le chant des Krikkrik.
La jeune femme rouvrit les yeux. Les trois lunes luisaient avec intensité dans le ciel dégagé. Lok semblait la dévisager avec son gigantesque œil blanc et aveugle. Un peu en retrait, comme porteuse d'un mauvais présage, la pleine Myrkr brillait d'un éclat jaunâtre. La plus petite, Freira, qui éclairait à peine, avait la forme d'une aile de Lidrosa.
La reine s'appuya sur le chambranle pour sentir la caresse de la nuit sur son visage. C'est alors qu'elle aperçut à sa droite les baraquements des hommes. Leur fenêtre était grande ouverte et les rideaux claquaient dans un courant d'air, ce qui l'intrigua. Est-ce qu'ils avaient chaud eux aussi ? Ou bien est-ce qu'un certain brigand amateur de promenades nocturnes avait voulu s'aérer l'esprit ?
Soudain, un visage pâle surgit devant elle. Elle sursauta et manqua de pousser un cri de surprise qui aurait réveillé ses compagnes.
‒ Aspen ! Ce n'est pas drôle ! s'écria-t-elle.
Mais le visage du jeune homme était sérieux. Ses cheveux blonds épars flottaient sur ses épaules comme à son habitude. La reine s'imagina glisser ses doigts dans sa chevelure et caresser ses mèches douces.
‒ J'ai quelque chose à vous montrer, dit-il, la tirant de sa rêverie.
‒ C'est amusant, je pensais justement à vous, murmura-t-elle.
Eira vit une émotion indéchiffrable passer sur le visage du brigand. Un demi-sourire s'étira sur ses lèvres.
‒ Vraiment ?
‒ Euh, eh bien c'est-à-dire que..., marmonna la souveraine, embarrassée. Je trouve que vous passez beaucoup de temps à vagabonder la nuit...
‒ C'est une vieille habitude, répondit Aspen en haussant les épaules. Quand j'étais encore un brigand, je commençais mes tours de garde au crépuscule pour veiller sur le campement ainsi que sur mes compagnons endormis.
Il fit un geste en direction de la fenêtre ouverte du baraquement des hommes.
‒ Et je ne suis pas le seul. J'ai entendu l'aranyan sortir lui aussi.
‒ Majira ? s'étonna Eira. Où est-il allé ?
‒ Aucune idée. Vous venez ? Je n'aimerais pas la réveiller, chuchota-t-il en désignant la forme allongée d'Althea.
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Frozen Tears
FantasyLaissez-vous emporter par une réécriture de la reine des neiges dans la cour des Fey ! Dans le royaume gelé de Bylur, où la magie est interdite, les Fey règnent en maître. Froids et cruels, ils constituent la haute classe et dominent les humains. E...
