Chapitre VIII

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Alya

Je suis allongée sur le lit, les yeux ouverts dans l'obscurité, à fixer un plafond que je ne reconnais pas. Il n'y a aucun bruit, à part le tic-tac trop régulier d'une horloge que je ne vois pas, mais que j'ai envie de fracasser contre un mur. J'ai froid. Pas physiquement, non. Juste cette sensation de vide glacé qui m'habite depuis mon réveil à l'hôpital. Comme si tout avait été effacé. Comme si je n'étais plus réelle.

La chambre est trop calme. Trop propre. Trop... neutre. Les draps sentent la lessive industrielle. Il n'y a rien ici qui m'appartienne. Ni odeur familière, ni objet qui réveille un souvenir. Pas une photo, pas un vêtement à moi. Même la brosse à dents posée dans la salle de bain est neuve, encore rigide.

Je n'arrive pas à dormir. Et pourtant je suis épuisée. Je reste là, immobile, à fixer le plafond. Un vague sentiment me serre la gorge. Je crois que je faisais déjà des insomnies avant. J'en suis pas sûre, mais c'est comme un écho lointain dans mes muscles, mes nerfs. Comme un réflexe qui ne s'est jamais effacé.

Je me lève. À quoi bon rester couchée? J'ai besoin de bouger. De respirer.

Je descends lentement l'escalier. La maison est plongée dans une semi-obscurité. Aucun bruit. Juste celui de mes pas sur le parquet. L'atmosphère est figée, comme si le temps avait décidé de faire une pause ici. Alors que je passe devant une porte entrebâillée, une odeur de tabac froid vient heurter mes narines. Je m'arrête.

À l'intérieur, Ewen est là. Il est debout, torse légèrement découvert sous une chemise ouverte, silhouette découpée par la lumière de la lune qui filtre à travers les baies vitrées. Il fume en silence, le regard perdu au loin. Il n'a pas remarqué ma présence. Je reste quelques secondes à l'observer. Il a l'air d'un type rongé par quelque chose. Un passé trop lourd? Une culpabilité? Peut-être les deux. Ou alors il fait juste le type mystérieux.

Je toque doucement. Il se retourne.

-Entre, lâche-t-il d'un ton rauque.

J'hésite un instant, puis j'entre. Le bureau est grand, froid, presque clinique malgré la bibliothèque qui longe un mur. Rien de personnel ici non plus.

-Je n'arrive pas à dormir, je murmure. Et... j'ai besoin de parler.

Il écrase sa cigarette, lentement.

-Je t'écoute.

Je reste debout. Il ne fait pas un pas vers moi. Je sens son regard me scruter, analyser. J'ai horreur de ça.

-Pourquoi est-ce que je ne me souviens de rien? Je veux dire... vraiment rien. Même pas une image, un ressenti, une sensation quand je suis avec toi. Tu dis qu'on était ensemble, mais... je ne ressens rien.

Il baisse légèrement les yeux.

-Ton traumatisme a été violent. Les médecins ont dit que c'est normal. Tu étais dans le coma. Ça prendra du temps.

-Peut-être. Mais ça ne colle pas. Cette maison ne me dit rien. Tu ne me dis rien. Il n'y a aucune photo de nous, rien qui prouve qu'on a partagé quoi que ce soit.

Je le fixe. Il me fixe aussi, mais son regard est trouble. Comme s'il cherchait à deviner jusqu'où j'étais prête à aller.

-Tu as rangé mes affaires, c'est ça? Pour faire de la place? Pour que je "me sente bien"?

-Je voulais que tu reviennes dans un endroit neutre, calme, pas chargé... répond-il, mais sa voix manque de conviction.

-C'est une maison témoin, Ewen. Pas un foyer. J'ai fouillé du regard dans la chambre. Il n'y a même pas une brosse à cheveux. Pas une paire de chaussures. Tu vas me dire que je vivais ici à poil et que je ne me brossait jamais les cheveux?

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant