Chapitre XIV

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Ewen

La porte claque derrière moi, et le vacarme continue.

-T'ES MALADE?! hurle Alya à pleins poumons. TU PEUX PAS FAIRE ÇA! TU PEUX PAS ME KIDNAPPER!

Je serre la mâchoire. Si, apparemment, je peux. Je la laisse hurler. Elle a raison de le faire. J'ai vu son visage blêmir, ses mains trembler, sa respiration se couper. J'ai vu la panique. Et j'ai agi. Pas comme il faut. Pas comme un mec normal. Mais j'ai agi.

-Tu veux que j'appelle la police peut-être?! continue-t-elle. C'est peut-être ce que je devrais faire!

Avant que je ne puisse répondre, Mila surgit depuis le salon. Les yeux agrandis par la panique, elle nous analyse une seconde, puis fixe Alya, choquée.

-Qu'est-ce qu'il s'est passé?! Alya, tu vas bien?

-Non, je vais PAS bien! Il m'a traînée jusqu'à la voiture comme un PUTAIN DE SAC A PATATE!

Mila se tourne vers moi, furieuse. Elle se place immédiatement entre Alya et moi.

-T'es malade ou quoi, Ewen?! Qu'est-ce qui t'a pris?!

Je garde le silence. Parce qu'à cet instant précis, j'en ai rien à foutre de me défendre.

-Elle faisait une crise d'angoisse, dis-je quand même. Elle allait s'écrouler sur le bord de la route.

-Et tu penses que LA KIDNAPPER c'est une meilleure idée?! Tu pouvais pas simplement lui tendre la main comme une personne normale?!

Je soupire, me passe une main sur le visage. Je suis fatigué.

-Elle ne m'aurait jamais suivi.

-Et alors?! hurle Mila. On respecte ses choix! Elle est pas ton jouet, putain!

Alya tremble encore. Ses bras croisés, ses épaules secouées. Elle me jette un regard noir, un mélange de rage et de peur.

Mila la prend doucement par l'épaule.

-Viens. Viens dans ta chambre. Loin de lui. Juste... calme-toi, ok?

Alya hésite, puis suit Mila sans un mot de plus. Les escaliers grincent derrière elles. Le silence retombe comme un coup de massue. Un silence moisi, nerveux. Sale. Je reste là, dans l'entrée, les nerfs tendus à bloc. Matteo apparaît dans l'encadrement du salon, une tasse vide à la main. Il me regarde sans parler, puis hausse un sourcil.

-Alors... on kidnappe les gens maintenant?

Je lève les yeux au ciel, sans répondre.

-C'est nouveau, non? Même pour toi.

Il s'approche, pose sa tasse sur la table basse, et s'effondre sur le canapé. Il tape à côté de lui.

-Assieds-toi. T'as l'air d'un mec qui vient de faire une connerie.

Je reste debout quelques secondes, puis finis par céder. Le canapé grince sous mon poids. Je me penche en avant, les coudes sur les genoux, les mains jointes. Matteo me regarde avec son éternelle gueule de mec qui a tout vu, tout encaissé. Il est resté à mes côtés quand d'autres se sont tirés en courant. Quand tout s'est mis à pourrir.

-T'es paumé, commence-t-il doucement. Ça se voit à dix kilomètres. T'as jamais su gérer les gens qui pleurent.

-C'est pas qu'elle pleurait. C'est... elle s'effondrait. Je l'ai vue au bord du gouffre, Mat. Littéralement. Elle savait même plus respirer.

Il hoche lentement la tête.

-Ok. Donc tu l'as ramenée. Bien. Mais c'est pas comme ça qu'on traite les gens qu'on veut aider, tu le sais.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant