Ewen
Tout est trop compliqué.
J'ai encore fui. Je l'ai laissée seule alors qu'elle avait besoin de moi. Mais il faut me comprendre. Elle était trempée, ses vêtements collaient à sa peau, et pendant une seconde, j'ai senti mes barrières s'effondrer. J'étais à un souffle de la perdre, à un geste de franchir cette foutue ligne. Alors j'ai fui. Par réflexe. Par peur.
Parce que je ne peux pas m'attacher à elle. Parce que je ne dois pas.
Il est un peu plus de minuit. Le jardin est silencieux. Je suis allongé sur l'herbe encore humide de rosée, une clope entre les doigts, les yeux rivés vers les constellations. La lune éclaire faiblement le ciel, et les étoiles m'apparaissent comme des murmures du passé. Ma mère adorait les étoiles. C'était notre refuge.
Elle me manque. Dix-sept ans que je l'ai perdue, et j'ai toujours cette foutue boule dans la gorge quand je pense à elle. Mais en levant les yeux, je me rappelle. Elle est là. Quelque part là-haut.
Je l'entends encore me parler, sa voix douce me racontant les légendes qui peuplent les constellations. Elle disait que c'était dans ces moments-là qu'elle respirait. Et moi, c'est dans ces moments-là que j'ai l'impression de la retrouver.
Un froissement dans l'herbe me sort de mes pensées.
Je ne bouge pas tout de suite.
-T'es du genre à parler aux étoiles maintenant? déclare une voix que je reconnaîtrais entre mille.
Alya. Elle vient s'allonger près de moi, ses cheveux encore humides retombant en cascade sur ses épaules.
Sans attendre ma réaction, elle me prend ma cigarette, la porte à ses lèvres et tire dessus. Je tourne la tête, surpris.
-Et moi qui pensais que t'étais pas du genre à fumer.
-Moi non plus, répond-elle, un sourire en coin.
Un silence se pose. Doux, pas gênant. Je fixe le ciel à nouveau.
-C'est pour ma mère. J'aime penser qu'elle est là-haut à m'observer.
-Oh...
-Quand j'étais petit, elle m'apprenait à lire les étoiles. On restait des heures dehors, à parler de tout et de rien. C'était notre moment à nous.
-Elle est... elle est partie depuis longtemps?
-Ouais. Trop. Mais parfois j'ai peur... peur de l'oublier.
Alya baisse les yeux. Puis, dans un murmure:
-Moi, je ne me souviens même pas de la mienne. Ni de son visage. Juste... une impression. Une chaleur vague. C'est flippant, non?
Je la regarde. Elle évite mon regard, les yeux perdus dans l'obscurité.
-Quand j'étais dans la piscine tout à l'heure... j'ai eu un flash. Un mauvais. Ça venait de mon père.
Je fronce les sourcils, attentif.
-Il... il me mettait la tête sous l'eau. Me laissait juste le temps de respirer, puis recommençait. Encore et encore.
Sa voix se brise, son souffle devient plus court.
-Il appelait ça "renforcer ma résistance". Moi j'appelais ça de la torture.
J'avale difficilement. Elle regarde toujours le ciel, mais je sens son corps tendu, comme figé.
-C'est... c'est horrible, Alya.
-Ouais. J'ai jamais compris pourquoi. Peut-être qu'il était juste fou. Ou qu'il avait ses raisons à lui. Je veux pas savoir.
Elle ferme les yeux un instant, peut-être pour chasser les images.
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amnəsia
RomanceLors d'un grave accident, la vie d' Alya, une jeune femme ambitieuse et passionnée, bascule dans l'obscurité lorsque son monde se retrouve plongé dans l'oubli. Tombée dans le coma, elle perd la mémoire, oubliant tout de sa vie. Chaque souvenir. Au m...
