Chapitre XXVII

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Alya

La lame froide glisse lentement sur ma peau, traçant une ligne brûlante le long de ma clavicule. Un gémissement étouffé s'échappe de ma gorge, bloqué par le bâillon trop serré. La douleur est tranchante, acide, elle irradie en vagues qui me coupent le souffle. Mes poignets, ligotés, me font déjà mal à force de lutter.

-Tu vas bien finir par parler, salope, murmure une voix rauque à mon oreille.

Un autre coup, cette fois sur l'épaule. Ma vision se brouille de larmes, mais je me refuse à crier. Je ne leur donnerai pas ce plaisir. Ma mâchoire tremble sous la tension, mes jambes s'agitent par réflexe, mais je suis clouée au sol, sans issue.

Les lueurs du néon crient au-dessus de moi, blafardes. Il n'y a plus de repères. Juste cette pièce froide, l'odeur métallique du sang, et leurs voix, comme des crochets dans ma tête. Je ferme les yeux, espérant que si je m'échappe dans le noir, la douleur suivra. Mais les images sont pires là-bas. Je les revois, leurs visages flous, leurs rires. Je revois leurs mains. La lame. Les gestes. L'humiliation.

Et soudain, un cri résonne, le mien. Il m'a frappée, encore. Je voudrais mourir. Juste là. Que mon cœur lâche et que ça cesse. Mais il bat encore. Il bat trop fort.

Dans le fond, un espoir insensé. Un fantasme de fuite. Une silhouette qui viendrait ouvrir cette porte et mettre fin à tout ça. Je sais que ça n'arrivera pas. Mais j'y pense. Pour ne pas sombrer. Pour ne pas devenir folle. Je perds la notion du temps. J'attends. Je saigne. Je suffoque.

Je me réveille en sursaut, arrachée au cauchemar par le battement affolé de mon cœur. Mon corps est trempé de sueur, mes draps collent à ma peau. Mes mains tremblent si fort que j'ai du mal à repousser la couverture. Le jour perce timidement à travers les rideaux mal fermés. L'air est froid. Tout semble trop calme, trop silencieux après la tempête de la veille.

Mon corps est lourd, engourdi, endolori. Chaque mouvement me rappelle ce que j'ai vécu. Une douleur diffuse pulse sous ma peau, sur mon ventre, mes bras, mon dos. Des cicatrices toutes fraîches, des souvenirs qui, je le sais, ne partiront jamais vraiment.

J'ai survécu.

Je ferme les yeux quelques secondes. Juste pour m'assurer que je suis bien réveillée, que ce n'est pas encore un rêve tordu. Mais non. La douleur est bien là. La réalité aussi.

Je me redresse lentement. Ma gorge est sèche, j'ai l'impression qu'on m'a enfoncé du papier de verre dans l'œsophage. Mais je n'ai pas la force de bouger tout de suite. Je suis brisée. Et pas seulement physiquement. Il y a quelque chose en moi qui s'est cassé. Quelque chose que je ne retrouve plus. Je ne sais même pas si je veux essayer de le recoller.

Je me glisse hors du lit. Mes jambes vacillent sous mon poids, mais je m'accroche à la table de chevet pour ne pas tomber. Je traîne mes pieds jusqu'à la salle de bain. Je veux juste me voir. M'assurer que c'est encore moi.

La lumière crue du néon me gifle quand j'appuie sur l'interrupteur. Le miroir me renvoie une image que j'ai du mal à reconnaître. Mes cheveux sont emmêlés, mes lèvres fendillées, mes yeux cernés. Il y a des bleus sur mon cou, des marques sur mes bras. Et cette bande autour de mon ventre. Je soulève doucement le tissu, découvrant les pansements. Juste en dessous, je devine les scarifications.

Je serre les dents. J'ai envie de hurler. Mais je ne le fais pas. Pas maintenant. Je me contente de passer mes doigts sur ma peau, comme pour vérifier que je suis encore en un seul morceau. J'entends du mouvement derrière moi. Ewen. Il s'est levé. Je le vois dans le miroir, silencieux, hésitant à entrer.

-Tu devrais rester allongée, déclare-t-il doucement.

Je secoue la tête.

-J'avais besoin... de me voir. Juste... de voir.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant