Alya
Je ne sais même plus qui je suis. Je ne ressens plus rien, si ce n'est un vide glacial dans ma poitrine, comme si quelque chose avait été arraché à l'intérieur. Il n'y a plus de colère, plus de larmes, plus de cris. Juste le silence. Un silence assourdissant, qui résonne dans ma tête comme un cri d'agonie muet. Mon corps n'est plus qu'un amas de chair douloureuse, marqué de bleus, de plaies, de brûlures. Et mon esprit... mon esprit est bien plus abîmé encore. J'ai cessé de me battre il y a des heures. Je suis allée au bout de mes forces, et maintenant, je ne suis plus qu'un fantôme. Une silhouette brisée qu'on pourrait oublier dans un coin sombre sans que personne ne s'en soucie.
Quelques heures plus tôt, j'étais encore chez Ewen. En sécurité. Ou du moins, c'est ce que je croyais.
Et maintenant, je suis là. Allongée sur ce lit crasseux, attachée aux montants rouillés par des chaînes épaisses qui entaillent ma peau à chaque mouvement. La pièce est lugubre, étouffante, éclairée par une seule ampoule suspendue au plafond, qui grésille comme une menace silencieuse. Les murs sont couverts de moisissure, mais ce sont les taches brunâtres, séchées depuis longtemps, qui me retournent l'estomac. Je suis dans une putain de chambre de cauchemar.
Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là. Les heures s'étirent, étouffées par la douleur et le silence qui précède toujours le pire. Des pas. Encore. Le bruit familier de cette démarche lente, presque satisfaite. La porte s'ouvre. Et lui entre.
L'homme.
Le même depuis le début. Celui qui me torture depuis des heures. Qui me regarde comme un objet, un animal.
-Tu veux parler maintenant? demande-t-il d'une voix doucereuse.
Je ne réponds pas. Mon regard est vide, glacé. Il est trop tard pour parler. Il est trop tard pour tout.
-Bon, eh bien... Tu m'laisses pas le choix, ma jolie, continue-t-il en soupirant, faussement déçu.
Il sort une lame fine, qu'il fait glisser entre ses doigts avec une lenteur sadique. Mes yeux se ferment un instant. Je ne veux pas voir. Mais je sens. Chaque centimètre arraché, chaque ligne tracée sur ma peau comme une œuvre de cruauté. Il l'avait déjà fait sur mon dos. Maintenant, c'est mon ventre. La chair vive s'ouvre, et la douleur... la douleur devient un feu. Je mords ma lèvre pour ne pas hurler.
-On a dit que t'étais spéciale, toi, murmure-t-il en caressant la lame du bout des doigts. Le genre de fille qui s'fait remarquer. Qui attire les ennuis. Qui attire... les regards.
Je serre les dents. Mon souffle s'accélère. Il s'assied au bord du lit, lentement, sans me lâcher du regard.
-C'est bête, non? D'être si jolie, et de finir ici.
Je détourne la tête, mais sa main s'empare brutalement de mon menton. Il me force à le regarder.
-T'as peur? chuchote-t-il presque tendrement. C'est normal. Mais je vais t'apprendre quelque chose. Les jolies choses, faut les marquer. Les garder.
Ma chemise est déjà en lambeaux. J'essaie de me tordre, de bouger, mais je suis attachée trop solidement. Je le supplie du regard. Il ne s'arrête pas. Il entaille. Lentement. Une autre ligne fine, pas profonde. Juste assez pour que le sang perle. La douleur est vive, brûlante. Je suffoque.
-Voilà, soupire-t-il. Maintenant, t'es à moi.
Un filet de sang descend sur ma peau. J'ai envie de vomir. Mais je ne cède pas. Je le fixe avec toute la haine que je peux encore rassembler. Il sourit.
-Tu crois que tu me fais peur avec tes beaux yeux? Tu crois que t'es forte? T'es rien. Rien sans eux.
Il passe de nouveau la lame, plus haut cette fois, comme pour tracer un second trait. Un "X" sur ma peau. Mes larmes montent malgré moi. Pas à cause de la douleur. À cause de l'impuissance. De l'humiliation. Je serre la mâchoire jusqu'à ce que mes dents grincent.
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amnəsia
Storie d'amoreLors d'un grave accident, la vie d' Alya, une jeune femme ambitieuse et passionnée, bascule dans l'obscurité lorsque son monde se retrouve plongé dans l'oubli. Tombée dans le coma, elle perd la mémoire, oubliant tout de sa vie. Chaque souvenir. Au m...
