Chapitre IX

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Alya

-ALYAAAAAAA!

Je me redresse d'un coup, en panique. Mon cœur cogne dans ma poitrine comme un animal en cage. Je suis dans un lit qui ne m'appartient pas, dans une maison que je ne reconnais pas, et quelqu'un vient de hurler mon nom comme si j'avais gagné au loto ou été dénoncée pour meurtre. L'un ou l'autre, ça se vaut.

La porte claque contre le mur et Mila débarque, surexcitée, une robe à fleurs trop vive pour cette heure matinale, un sac plastique à la main, et un grand sourire collé au visage.

-J'me suis dit que t'aurais besoin de fringues dignes de ce nom. Je t'ai ramené quelques trucs à moi, on doit faire à peu près la même taille.

Elle me tend le sac. À l'intérieur, des jeans, des hauts colorés, une veste en jean usée avec des patchs brodés à la main. C'est simple, mais chaleureux. Un petit geste qui me serre la gorge.

-Merci... mais j'ai failli faire une crise cardiaque, je déclare en attrapant le sac.

J'ai littéralement rien à me mettre à part les survêtements bien trop grands d'Ewen, et ils me donnent l'impression de flotter dans une vie qui n'est pas la mienne.

-Et puis, aujourd'hui, on va faire un peu de shopping! annonce-t-elle avec un clin d'œil.

-Du shopping?

-Ouais. Ça te changera les idées. Et puis... t'as besoin de te retrouver un peu, non? Une garde-robe, c'est le début d'une identité.

Je souris, sincèrement touchée. C'est étrange, cette chaleur qu'elle apporte dans ma vie, comme si je pouvais y croire à nouveau, ne serait-ce que pour une journée.

***

Les rues sont animées. Les vitrines brillent, les passants se croisent avec insouciance, et moi, je marche à côté de Mila, comme une ombre qui tente de se raccrocher à la lumière.

-Prends ce que tu veux, c'est Ewen qui régale! lance-t-elle avec un sourire espiègle en dégainant sa carte.

-Il va adorer, j'ajoute, avec une pointe de sarcasme.

-Il dit rien, il a dit de t'aider comme je pouvais. Et moi, le shopping, c'est ma thérapie.

Je me laisse emporter. Mila me fait essayer des robes, des pulls trop larges, des boots un peu trop cloutées, et même un chapeau ridicule. Elle commente chaque tenue avec une répartie qui me fait rire malgré moi.

-Oh putain, j'ai réussi! T'as ri! Un vrai sourire!

Je détourne la tête, feignant de m'intéresser à une rangée de vestes en cuir. Mais c'est vrai. J'ai ri. Et ça m'a fait du bien. Au fil des heures, la fatigue s'installe doucement, mais elle est différente. Plus douce. Le poids dans ma poitrine semble avoir rétréci. Peut-être pas disparu... mais reculé.

Quand on sort des magasins, les bras pleins de sacs, je suis étonnée par ce que je ressens: de la gratitude. De la chaleur. Mila a réussi à créer un espace de légèreté, un moment hors du temps.

Alors que nous marchons vers un petit café, je m'arrête. Mila me regarde, surprise. Je fais un pas vers elle et la serre dans mes bras.

-Merci. Pour tout.

Elle resserre l'étreinte. Et dans cette accolade, je ressens quelque chose que je ne pensais plus possible, une forme de paix.

On s'installe à une terrasse ensoleillée, deux cafés devant nous. Le temps file. On parle de tout, de rien. Mila me parle de ses voyages, de son obsession pour les séries d'enquêtes criminelles, de son ex relou qui s'appelle Loris et qui "comprenait rien à la vie".

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant