Chapitre XXXII

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Alya

Je suis posée sur un banc en bois dans le jardin d'Ewen, les jambes repliées contre moi, les bras autour de mes genoux. Le soleil tape doucement sur ma nuque et l'air sent l'herbe fraîchement coupée et la lavande. J'écoute vaguement les bruissements des feuilles, les abeilles qui bourdonnent autour des fleurs, et l'écho lointain d'un avion qui traverse le ciel.

Ça fait une semaine que j'ai croisé Chiara. Une semaine que sa phrase tourne dans ma tête comme une ritournelle qu'on ne peut pas oublier. Je ne sais toujours pas ce qu'elle a voulu dire exactement, mais le ton qu'elle a employé m'a glacée. C'était comme une menace. Ou un avertissement. Et je déteste ne pas savoir faire la différence.

Je laisse mes yeux vagabonder sur la piscine, l'eau bleue qui ondule doucement sous le vent. C'est si calme ici. Trop calme, peut-être, pour le vacarme que j'ai dans la tête.

-Tu comptes rester plantée là encore longtemps?

Je sursaute légèrement et tourne la tête. Ewen s'approche du banc, tenant une petite boîte rectangulaire dans les mains. Il a ce demi-sourire bizarre, un peu gêné, comme s'il ne savait pas trop ce qu'il était en train de faire.

-C'est quoi, ça? je demande, plissant les yeux.

-Rien de spécial. Enfin... Si. Mais pas genre... Enfin bref.

-Très clair, dis-je en arquant un sourcil.

Il me tend la boîte sans rien dire. Je la prends, un peu méfiante, un peu curieuse aussi.

-Tu veux que je l'ouvre maintenant? je demande.

-Ce serait un bon début.

Je lève les yeux au ciel mais un sourire m'échappe. Je fais glisser le couvercle doucement. À l'intérieur, sur un tissu noir, repose un collier. Fin, délicat, avec de petites perles nacrées et un pendentif en forme d'étoile. C'est sobre. Très beau.

-Wow... Ewen, c'est...

-C'était à ma mère, ajoute-t-il rapidement, comme pour devancer ma question. C'était un de ses bijoux préférés. Elle le portait souvent. J'ai... J'ai envie que tu l'aies.

Je relève les yeux, un peu déstabilisée.

-C'est super personnel, Ewen. Tu... Tu veux pas le garder pour toi? Pour te souvenir d'elle?

Il secoue la tête.

-J'ai assez de souvenirs. Et je crois qu'elle t'aurait bien aimée.

Je reste muette un moment, les doigts posés sur le collier. Une partie de moi a envie de refuser. C'est trop. Mais l'autre partie, celle qui a besoin de sentir que je compte pour quelqu'un, veut accepter. Alors je hoche doucement la tête.

-Tu veux que je t'aide à l'attacher? propose-t-il.

Je tends le collier, me tournant légèrement pour lui présenter ma nuque. Je sens ses doigts frôler ma peau et je retiens un frisson. Je pense à mes cicatrices. À ce qu'il voit. Mais il ne dit rien. Il ferme le fermoir avec une délicatesse étonnante.

-Voilà, dit-il.

Je me retourne lentement, posant ma main sur le bijou.

-Merci. Vraiment.

Je souris, malgré moi. Le cœur un peu serré. Ce qu'il vient de faire me touche plus que je ne veux l'admettre.

-Si tu continues à m'offrir des souvenirs de famille, je vais finir par croire que tu m'aimes bien.

Il relève les yeux vers moi. Un éclat étrange dans le regard. Mi amusé, mi sérieux.

-C'est peut-être déjà le cas.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant