Chapitre XXIV

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Ewen

L'air est lourd dans l'habitacle de la voiture. J'ai roulé tout le trajet avec la musique éteinte, les mains crispées sur le volant, le regard rivé sur l'horizon nocturne. Mon père m'a fait venir, soi-disant pour parler d'une "urgence". Puis, silence radio. Pas de message, pas de réponse à mes appels. Rien. Juste ce vide, cette sensation rampante que quelque chose cloche. Que quelque chose... m'échappe.

Je n'ai jamais su s'il me voyait comme un pion ou un échec. Peut-être les deux. Ce n'est pas le genre d'homme à poser un lapin, pourtant. Alors pourquoi ce silence en arrivant à son bureau? Pourquoi personne? Pourquoi maintenant?

Une boule d'inquiétude se forme dans mon ventre, une sensation rampante qui ne me quitte pas depuis que j'ai quitté Alya.

Je ralentis en apercevant l'allée de ma maison. Les phares balaient les murs, les buissons, l'entrée. Et là, une étrange tension m'empoigne. Un frisson me parcourt l'échine. Je coupe le moteur, reste un instant immobile. La nuit est étrangement silencieuse. Même les grillons semblent s'être tus. Mon estomac se contracte.

Je descends, claque doucement la portière. Le gravier crisse sous mes pas. L'air est tiède, mais j'ai l'impression de geler. Une boule d'angoisse me noue la gorge alors que je m'approche de la porte d'entrée. Elle est entrouverte. Je m'arrête net. Mon souffle s'accélère.

Je pousse lentement la porte, la main déjà prête à dégainer mon arme, par réflexe. Et là, un coup de massue invisible. Le salon est un champ de bataille. Des coussins lacérés. Une lampe renversée. Un vase brisé au sol. La table renversée. Chaque recoin hurle le chaos. Mon cœur s'emballe. Mon souffle devient court.

-Alya?!

Ma voix résonne dans le vide. Pas de réponse.

Je cours à travers la pièce, le regard affolé, chaque seconde creusant un peu plus l'abîme dans mon ventre. Je grimpe les escaliers quatre à quatre, ma main glissant le long de la rampe. Sa chambre. Vide.

-Putain...

Je fais volte-face, vérifie la salle de bain, le couloir, rien. Le placard entrouvert, les tiroirs ouverts comme si quelqu'un avait fouillé dedans. Et au milieu de tout ça, quelque chose scintille. Je m'arrête net. Me penche.

Le pendentif de ma mère. Celui qu'elle ne quittait jamais. Que je gardais dans une boîte fermée. Il était dans mon tiroir. Il est ici, au sol. Comme un message. Une provocation. Je serre les dents. Mes tempes bourdonnent. Mon père.

Il m'a fait sortir d'ici exprès. Il savait. Il a attendu que je baisse ma garde. Que je sois distrait. Que je parte. C'était un putain de leurre. Il savait ce qu'il faisait.

Une rage froide monte en moi, si violente que je peine à respirer. Je descends en trombe les escaliers, reprends la voiture, le regard fixé droit devant. Mes doigts tremblent en pianotant sur le volant, l'autre main déjà sur le téléphone.

Je compose le numéro de Matteo.

-Ouais? répond-il après quelques secondes.

-Alya a disparu. Il l'a prise. C'est mon père, c'est lui qui a fait ça. Retrouve-moi au manoir. Amène Mila.

Je raccroche sans attendre de réponse. Le moteur rugit alors que j'écrase l'accélérateur. Je jure sur tout ce que j'ai que s'il lui a fait quoi que ce soit, je ne lui laisserai aucune échappatoire.

Je roule vite, trop vite, mais je m'en fous. Je ne pense qu'à elle. À son regard. À son sourire. Et maintenant, elle est seule. Peut-être blessée. Peut-être... Non. Je ne peux pas penser à ça.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant