Chapitre XVI

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Alya

Je ne dis rien pendant tout le trajet. Ewen non plus. La voiture glisse à travers les rues familières et pourtant étrangères, et plus on se rapproche, plus une boule se forme dans mon ventre, comme un nœud que je ne peux pas défaire. On retourne à mon ancien appartement. C'est étrange d'y penser comme un endroit passé. Comme si je n'en faisais plus partie. Pourtant, c'est censé être chez moi. Censé. J'ai insisté pour venir, pour récupérer ce qu'il pourrait rester de moi là-bas. Mais maintenant que la façade grise de l'immeuble se dessine à l'horizon, j'ai envie de demander à Ewen de faire demi-tour. Parce que j'ai peur. Peur de ce que je vais y trouver. Ou pire, de ce que je ne vais pas y trouver.

La montée jusqu'à l'appartement me paraît interminable. Chaque marche résonne dans ma poitrine comme un coup sourd. Ewen marche à mes côtés sans dire un mot. Je sens son regard parfois sur moi, inquiet, mais il n'insiste pas. Il sait que je dois le faire.

J'inspire un grand coup avant de frapper à la porte. Mon ancien chez-moi. Mon ancien refuge. J'ai l'estomac noué. Quelques secondes s'écoulent avant que la porte s'entrouvre. Une tête blonde apparaît dans l'entrebâillement.

Elle se fige en me voyant, ses yeux s'écarquillent, sa bouche s'entrouvre sans qu'un son ne sorte. Elle recule d'un pas.

-Clara! appelle-t-elle, la voix un peu tremblante.

Je perçois un murmure étouffé à l'intérieur, puis des pas précipités. Une fille brune apparaît. Elle aussi se fige. Le silence est pesant.

-Salut... je déclare d'une voix qui me semble étrangère.

Le cœur tambourine dans ma poitrine, mais aucune chaleur ne traverse leur regard. Juste... de la gêne. Et peut-être une pointe de panique.

-On ne pensait pas... qu'on te reverrait, murmure Clara.

-Comment ça? Vous pensiez que j'étais morte?

Je tente un sourire nerveux, mais mon ton trahit mon amertume. Clara et la blonde échangent un regard.

-On a appris pour l'accident... On ne savait pas si tu allais te réveiller, reprend Clara, mal à l'aise. Et puis... après des semaines sans nouvelles... on a cru que tu voulais disparaître.

-Disparaître? Sérieusement? Vous pouviez venir me voir. À l'hôpital. Prendre de mes nouvelles. Mais vous n'avez rien fait.

Ma voix monte sans que je puisse la contrôler. Les mots sortent, acérés, brûlants.

-Tu comprends pas, Alya, répond la blonde, défensive. C'était trop dur, tout ça. On ne savait pas comment gérer. On n'est pas ta famille, on ne savait pas si on avait le droit...

-C'est ça votre putain d'excuse? S'emporte Ewen.

-Pas ma famille? Vous étiez mes meilleures amies, non? Vous avez vécu avec moi. Vous étiez tout ce qu'il me restait.

Un silence gêné s'installe. Clara baisse les yeux.

-On a cru que tu nous avais laissées tomber. Tu as disparu. Plus de message, plus de trace. On a cru que tu avais décidé de tout quitter. De nous quitter.

Je sens ma gorge se serrer, une boule d'émotion grimper jusqu'à mes yeux. Je ravale mes larmes. Je me force à respirer. Ewen s'avance, visiblement à bout.

-C'est une blague? Elle était dans le coma bordel de merde! Et vous, au lieu de vous inquiéter, vous avez juste... supposé qu'elle vous avait ghostées? Sérieux?

Clara lève les mains.

-On n'a pas cherché à fuir, ok? On était perdues. On pensait qu'elle avait... refait sa vie, qu'elle voulait plus de nous. Et la vérité, c'est qu'on s'est aussi préparées à ce qu'elle revienne jamais.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant