Alya
-Tu crois vraiment que tu peux faire ta vie toute seule?
La voix de ma mère fuse comme une gifle. Je suis debout dans le couloir, face à la porte d'entrée. Mon sac à dos à la main, je balance des fringues au hasard dedans. Mon cœur bat à tout rompre, mais mes gestes sont fermes. Je suis déterminée.
-Si c'est pour foutre ta vie en l'air, tu peux le faire ailleurs. Tu me fais honte.
Je lève les yeux vers elle. Son regard est dur. J'ai envie de répondre, mais je sais que ça ne sert à rien. Je serre les dents.
-T'as toujours été ingrate. Depuis que t'as l'âge de parler, tu contredis tout.
-C'est pas de la contradiction. C'est avoir un cerveau.
C'est sorti tout seul. J'ai la gorge nouée, mais je ne me défile pas. Ses yeux se plissent. Elle s'approche.
-Continue comme ça, et t'auras plus personne. Tu vas finir comme ton père. Tu lui ressembles plus que tu ne le penses.
Elle me lâche ça en me frôlant l'épaule, comme une menace jetée à la va-vite, mais elle sait que ça fera mouche. Et ça fait mouche. Parce qu'une partie de moi, à ce moment-là, le croit. Je claque la porte. Et je pars. Sans jamais revenir.
***
Je reviens brutalement au présent en resserrant la fermeture du sac. Mes doigts tremblent pour de bon, cette fois. Pas de peur. Pas de froid. Juste... ce foutu passé qui refuse de rester à sa place.
-Ça va?
Je sursaute à peine. Lorenzo est dans l'encadrement de la porte. Il me regarde comme s'il m'observait depuis un moment, sans vouloir me brusquer.
-Je t'ai appelée deux fois.
-Pardon, j'étais... ailleurs.
Il s'avance, s'appuie contre le mur. Il porte son blouson en cuir noir, l'air faussement détaché, comme toujours. Mais dans ses yeux, y a un truc plus doux. Une retenue presque... bienveillante.
-C'est normal d'avoir les nerfs à vif. Moi aussi, je flippe un peu.
Je lâche un demi-sourire, trop fatiguée pour faire semblant.
-Tu flippes? Toi?
-Eh ouais. C'est que j'ai un cœur, faut croire.
-Première nouvelle.
Il sourit, puis s'approche. S'accroupit devant moi. Je suis assise au bord du lit, le sac entre les genoux.
-Tu sais, peu importe ce qu'il y a eu avant... tu tiens le coup. Et t'es pas toute seule.
Je sens mes yeux piquer, mais je me retiens. Il pose une main sur mon genou, sans rien dire d'autre. Il a ce talent-là, Lorenzo. Il sait quand il ne faut pas parler. Quand le silence suffit.
Je hoche doucement la tête.
-Merci.
Il me regarde encore un moment. Puis se redresse.
-T'es prête?
-Autant que possible.
-Tu comptes emporter toutes tes fringues ou tu prévois de t'installer là-bas?
Je ris, malgré moi.
-C'est l'angoisse. J'ai pas envie d'oublier un truc important. Genre ma brosse à dents ou mon sang-froid.
-T'as pas à avoir peur, tu sais, dit-il après un moment. Ewen... il ne fera jamais rien pour te faire du mal.
Je baisse les yeux, tripotant nerveusement une fermeture éclair.
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amnəsia
RomanceLors d'un grave accident, la vie d' Alya, une jeune femme ambitieuse et passionnée, bascule dans l'obscurité lorsque son monde se retrouve plongé dans l'oubli. Tombée dans le coma, elle perd la mémoire, oubliant tout de sa vie. Chaque souvenir. Au m...
