Chapitre X

78 6 0
                                        

Ewen

Alya et Mila sont rentrées des magasins il y a quelques heures. Elles rient dans la chambre, en train d'essayer leurs nouveaux vêtements. Avec ma putain de carte bancaire. Elle me rend fou. Et en même temps... Elle a l'air heureuse. Ou moins triste.

Je ferme les yeux une seconde, adossé au mur de la cuisine. Mon téléphone vibre. Encore. Cinquième appel de la journée. Mon père. Je laisse sonner. Mais il insiste. Comme toujours. Je finis par décrocher, la mâchoire crispée.

-Quoi encore?

-Mon fils, j'ai besoin de toi en Italie.

Toujours cette voix grave, sèche, qui ne supporte pas qu'on lui dise non. Il croit vraiment que j'ai que ça à foutre?

-Je suis occupé. Je peux pas.

Je l'entends soupirer, et ce soupir me serre la gorge plus que je veux l'admettre.

-Ce n'est pas une question. Tu sais ce que tu dois à la famille.

Il appuie sur le mot comme un coup de poignard. La famille. Un mot qu'il utilise comme une menace.

-J'irai, je réponds d'un ton las.

-Bien. Quelqu'un te contactera demain. Prépare-toi.

Il raccroche. Et voilà. Je n'ai plus le choix. Je n'ai jamais vraiment eu le choix. Je range mon téléphone, juste au moment où Alya entre dans la pièce, pieds nus, un haut de Mila sur le dos.

-J'ai faim, déclare-t-elle en fouillant dans les placards. On a quoi à bouffer?

Je hausse les épaules.

-Pas grand chose. Tu veux aller faire des courses?

Elle me regarde, surprise, puis sourit.

-Sérieusement? Tu m'invites à une sortie romantique au supermarché?

-On peut appeler ça comme ça, si tu veux. Mais c'est toi qui portes les sacs.

Le supermarché est presque vide à cette heure-là. Les néons clignotants et la musique d'ascenseur qui flotte dans l'air donnent une ambiance étrange, irréelle. Alya pousse le caddie comme si c'était une mission de survie. Ou un jeu. Je ne sais jamais vraiment avec elle.

-T'as besoin de quoi exactement? demande-t-elle en jetant un coup d'œil vers moi.

-De quoi tenir quelques jours. Rien de trop chiant à cuisiner.

-Donc, des pâtes, du pain, des œufs, et... du café. Beaucoup de café, j'imagine?

Je hausse les épaules. Elle soupire comme si elle s'en doutait.

-Franchement, heureusement que je suis là, sinon tu survivrais avec trois boîtes de thon et des nouilles instantanées.

Elle prend les devants dans les rayons. J'essaie de suivre, mais c'est elle qui remplit le caddie. Des tomates, deux courgettes, du riz, des compotes à la pomme.

-Je mange pas de compote, je dis en la regardant poser le paquet.

-Moi, si. Et comme tu m'as dit "prends ce que tu veux", bah... je prends. Tu m'as laissée te conduire ici, fallait t'y attendre.

-T'as pas tort.

On passe devant les surgelés, et elle ralentit en voyant les pizzas.

-Bon, là, on est d'accord, c'est un indispensable.

Puis elle se tourne vers le rayon frais.

-Tu veux des œufs?

-J'ai pas de poêle.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant