Chapitre XXI

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Alya

Ces derniers jours ont été... étonnants. Mila est restée avec moi presque tout le temps. On a parlé, ri, cuisiné. Elle est drôle, naturelle, et pour une raison que je ne m'explique pas encore, elle ne me traite pas comme une petite chose fragile. Pas comme Ewen.

Je sors de ma chambre, attirée par les éclats de voix et les rires qui résonnent depuis la terrasse. Quand je traverse le salon, je remarque la lumière du soleil qui glisse sur le carrelage, chaude et presque aveuglante. Et puis je l'aperçois à travers la baie vitrée. Ewen. Avec Mila et Matteo. Tous les trois installés au bord de la piscine, en train de rire.

Je m'avance, un peu hésitante, comme si je venais d'interrompre quelque chose. Ewen tourne la tête vers moi. Son regard s'attarde une seconde de trop, mais il ne sourit pas. Alors je baisse les yeux, gênée sans savoir pourquoi, et pousse la porte coulissante pour sortir.

-Ah, t'es réveillée! lance Mila en se levant. On ne savait pas si tu dormais encore, sinon on serait venus te chercher.

Elle m'enlace brièvement, et je m'accroche à ce contact un peu plus que nécessaire.

-J'avais besoin de prendre l'air, je réponds simplement.

-Viens t'installer, insiste Matteo. Maintenant que tu vas mieux, j'ai plein de questions à te poser depuis que tu t'es réveillée de ton coma. Genre... t'as rêvé pendant le coma? T'entendais des trucs?

-J'en sais rien. Peut-être? Je ne crois pas...

-Et t'avais faim? T'allais aux toilettes comment? genre ton corps faisait comment pour...

-Matteo, t'es con ou quoi?! l'interrompt Mila en riant, avant de lui filer une tape derrière la tête.

-Bah quoi, je suis curieux moi.

Il n'a pas le temps de continuer qu'elle le pousse dans la piscine. Un cri, suivi d'un énorme plouf qui éclabousse tout le monde. Je souris malgré moi. Un instant, tout paraît normal. Le genre de normalité que j'ai oubliée.

Le soleil tape doucement. L'eau scintille. Les rires de Mila remplissent l'air. Je m'assois au bord de la piscine, pieds dans l'eau. Matteo nage un peu plus loin, crachant de l'eau en se marrant. Et Ewen est juste à côté. Silencieux, comme toujours. Mais je sens son regard sur moi. Trop présent. Trop brûlant. Je me lève pour attraper une serviette, mais mon pied glisse sur le carrelage mouillé. Je bascule, sans contrôle, dans l'eau.

Tout devient flou. Glacial. Silencieux. Mes bras battent l'eau, mais mes poumons se serrent. Impossible de respirer. Quelque chose se fissure dans ma tête. Quelque chose de bien plus ancien que la chute.

Un souvenir.

Une autre piscine. Une main sur ma nuque. Mon père. Son regard vide.

-Papa... S'il te plaît...

L'eau m'enveloppe. M'étouffe. Ses doigts me replongent sous la surface.

Je suffoque.

Des bras me saisissent. Cette fois, ce n'est pas lui. On me tire hors de l'eau.

-Alya! Alya respire, putain!

Je tousse, reprends un peu d'air, mais mon corps tremble. Je ne suis pas revenue. Pas complètement. Mon esprit est resté là-bas, piégé dans un souvenir que j'avais soigneusement enterré. Je me sens loin, si loin de là où je me tiens physiquement. Mes yeux cherchent désespérément un point d'ancrage dans le présent, mais tout ce que je trouve, c'est l'ombre menaçante de mes souvenirs.

-C'est fini, je suis là, murmure une voix grave à mon oreille.

Ewen.

Je me cramponne à lui comme à une bouée, incapable de faire la différence entre le présent et le passé. Je me tourne vers lui, à moitié consciente, l'eau dégoulinant de mes cheveux, ma peau frigorifiée, mes mains tremblantes et le cœur au bord de l'explosion. Il plonge ses yeux dans les miens et sans hésiter, m'attrape. Je n'ai pas la force de protester. Je n'ai plus la force de rien. Il me soulève sans effort, nous fait rentrer dans la maison. Ma peau tremble sous mes vêtements trempés, mais je sens sa chaleur contre moi, presque rassurante.

amnəsiaOù les histoires vivent. Découvrez maintenant