Le noir est si dense qu'il semble absorber l'air lui-même. Il n'est pas simplement absence de lumière ; c'est une matière vivante, étouffante, qui m'enlace, me compresse, m'isole.
Il y a quelque chose dans l'air. Quelque chose qui ne devrait pas être là.
Si seulement je savais maitriser ma lumière... J'aurais pu chasser ces ombres rampantes, briser cette obscurité suffocante. Mais je me sens piégée dans un corps qui ne m'obéit pas, un pouvoir que je ne comprends pas.
Une planche craque.
Je me fige, le souffle suspendu.
Quelqu'un se trouve dans la pièce.
Un frisson glacial me traverse l'échine tandis que mon cœur s'emballe, martelant mes côtes comme s'il voulait s'échapper. Tous les sens aux aguets, je me demande que faire. Ce n'est pas Emilyah ni Aydan. Je leur saurais.
Alors qui... ou quoi ?
Me rappelant l'intrusion survenue plus tôt, je lève les mains et sens le pouvoir monter en moi, une énergie si puissante qu'elle me coupe un instant le souffle. Il y a des monstres dans ma chambre. Ils ont réussi à pénétrer dans la maison une seconde fois. J'ignore pourquoi ils ne m'attaquent pas, pourquoi ils ne bougent plus. Mais ce dont je suis certaine, c'est que si je n'agis pas, je vais mourir dans d'atroces souffrances.
La gorge serrée, je ne parviens pas à crier, comme si mes cordes vocales avaient été déchirées.
Mes mains ne laissent échapper aucun jet lumineux. Le pouvoir ne surgit pas de mon corps, comme j'ai réussi à le faire plus tôt dans la journée. Aurais-je déjà épuisé ma réserve d'énergie ? Impossible.
Mon torse non plus ne se gorge pas de pouvoir. Moi qui sens toujours une force là, au plus profond de moi, même pas en situation de danger, je ne sens plus rien. C'est comme si j'étais redevenue rien qu'une vulgaire humaine.
Et puis, le silence est brisé par un deuxième craquement, plus proche. Une douleur fulgurante me déchire la poitrine.
Un hurlement monte en moi, mais aucun son ne franchit mes lèvres. Mon corps ne répond plus. Une chaleur poisseuse me colle à la peau – réelle ou imaginée ? Mon esprit vacille entre rêve et agonie.
J'ai mal... si mal. J'ai l'impression qu'on m'a arraché une partie de moi.
Je suis seule, sans défense, dans le noir le plus total, et je ne sais pas quoi faire. Aydan avait raison : ils vont me tuer.
La peur surgit avec violence, me broyant l'intérieur. Mes pensées tourbillonnent si vite que la nausée me prend. Je suis en train de suffoquer.
Et pourtant, il n'y a pas de deuxième coup. Au contraire, il n'y a qu'une voix désincarnée qui se glisse dans ma tête :
Dis à ton maitre que nous arrivons, petite peste. Dis-lui qu'il paiera pour tout ce qu'il a fait.
Dans un sursaut, je me réveille, le souffle court. Mes draps sont trempés de sueur, je tremble encore sous l'effet de la terreur. La lueur des bougies vacille sur les murs de pierre, projetant des ombres dansantes qui ressemblent trop aux silhouettes de mon cauchemar. Il n'y a plus personne, cependant je ne peux m'empêcher de crier. J'ai mal, si mal...
Ma main touche ma poitrine, là où j'ai été blessée quelques instants plus tôt... mais il ne s'y trouve plus rien.
Aucune blessure.
Et pourtant... la douleur est là, fantôme obsédant, comme si l'écho de cette attaque s'était imprimé dans ma chair.
Alors pourquoi ai-je mal comme si c'était la réalité ? Pourquoi ai-je l'étrange impression que le monstre me parlait à moi, qu'il voulait que je répète ses paroles à mon maitre ? Et qui est ce fameux maitre ?
VOUS LISEZ
Les Spectres Oubliés
FantasíaEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
