Il m'a enfermée dans mes appartements. Encore une fois.
J'aimerais pouvoir dire que je ne ressens plus rien, que je m'y suis faite. Mais c'est faux. Chaque fois, la colère me ronge un peu plus. J'en ai assez d'être traitée comme une enfant fragile qu'on tient à l'écart, d'obtenir des demi-vérités, d'être reléguée au second plan sous prétexte de me protéger. Mon innocence, s'il m'en reste encore, n'a plus besoin de leurs soins étouffants.
Et pourtant, il ne faut pas longtemps – quelques insultes crachées entre mes dents, quelques pas nerveux dans la pièce – pour qu'il apparaisse, droit comme une ombre sur le seuil.
Aydan.
Il n'a pas changé. pas un pli, pas une goutte de sueur. La même prestance inquiétante, le même regard insondable. Qu'a-t-il donc fait pendant ces longues minutes où je rongeais mon frein ?
D'un ton calme, comme s'il avait lu dans mes pensées, il m'explique :
— J'ai dû m'occuper de Jaimy. Il était bouleversé.
Et moi dans tout ça ? Est-ce qu'il se rend compte du tumulte qu'il a déclenché en moi ? Il vient de me dire qu'il a ressuscité mon frère. Je mérite bien d'avoir des réponses, ses paroles m'ont secouée : est-ce vrai ? Une métaphore sordide ? Une manipulation de plus ? Je ne sais plus que croire.
Assise sur le lit, je ne bouge pas. Je me contente de le fixer, les bras noués autour de moi, comme pour me protéger de lui et de... moi-même.
Adossé au mur près de la porte, les bras croisés sur le torse, il semble d'un calme parfait. Cette posture nonchalante, ce visage taillé dans le marbre... je ne peux m'empêcher de le trouver terriblement beau. Une beauté sombre, dangereuse, qui trouble jusqu'à mes tripes. Mon corps me trahit malgré moi – une chaleur insidieuse s'infiltre en moi.
Je lutte pour ignorer ce trouble inconvenant. Je me tais, lui laissant le champ libre.
— Je vous ai promis, à Emilyah et à toi, de faire des efforts. Tu remplis ta part en me partageant tes souvenirs, alors il est naturel que je m'occupe de la mienne.
Ses épaules s'abaissent dans un soupir. Lentement, il relève son regard pour le plonger dans le mien. Ce regard sombre, brûlant, me transperce.
Collision. Impact.
Mon ventre se contracte, mon souffle se suspend. Incontrôlables, des papillons se réveillent sous ma peau.
— J'ai toujours eu des capacités surnaturelles hors du commun, énonce-t-il, toute son attention concentrée sur ma personne. Oui, j'ai hérité des dons de mes parents, mais je suis né avec une force magique sans précédent à Terabita. Une magie indomptable, sans limites. Les professeurs engagés par ma famille étaient incapables de m'enseigner quoi que ce soit. J'ai dû apprendre seul... découvrir, expérimenter, comprendre l'étendue de mon pouvoir.
Ses paroles me prennent de court. Pour la première fois, il ne me parle pas comme à une chose fragile, ni comme à une prisonnière. Pour la première fois, il me traite en égale. Cela me déstabilise plus que je ne l'aurais cru.
Qu'est-ce que cela signifie ?
— La magie est complexe, Eldéa, et nous en savons bien peu, au fond. Mais dans le passé, j'ai pu accomplir de grandes choses pour nous protéger, ma sœur et moi.
Son regard se voile d'ombres.
— Les monstres sont arrivés. Les morts se sont tellement accumulés, Eldéa, et je n'ai pas pu protéger beaucoup de personnes. Il y a eu trop de pertes, trop d'innocents sacrifiés à une cause qu'ils ne comprenaient pas... J'étais désespéré, tu vois, alors j'ai essayé de mettre mes pouvoirs à contribution...
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Les Spectres Oubliés
FantasiEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
