Souvenirs d'un autre temps
Les jours s'étirent avec la lenteur exaspérante d'un sablier brisé. Chaque grain de temps semble suspendu, incapable de tomber. Mon monde, jadis rempli de visages familiers, de chaleur familiale, n'est plus qu'un décor figé dans la solitude. Je ne suis pas plus prisonnière que lorsque je vivais encore auprès de ma famille... et pourtant, quelque chose a changé. L'absence a pris une forme plus cruelle. Me serre la gorge comme un étau invisible.
Mon frère ne me rend plus visite, ma mère ne remplit plus mes soirées de récits aux accents nostalgiques, pleins d'odeurs de pain chaud et de rires partagés.
Je suis seule. Incroyablement seule.
Ramay – mon mari, si ce mot peut encore désigner autre chose qu'un titre imposé – a disparu, comme toujours. Le manoir ne garde plus sa trace, sinon l'écho froid de son autorité dans les couloirs. Peut-être s'amuse-t-il à traquer les monstres comme un enfant détruit des fourmis... Je n'en sais rien. Parfois, je me surprends à espérer qu'il ne revienne jamais.
En son absence, je suis libre de respirer.
Mais pas de vivre.
Je pourrais parler aux domestiques, dont certains me semblent bienveillants malgré leur distance rigide. Cependant, leurs regards fuyants, leur silence obstiné, me rappellent qu'ils n'ont pas le droit de m'approcher. Je suis une ombre parmi eux, Ramay l'a voulu ainsi.
Une femme invisible.
Et pourtant, dans ce néant, une lumière s'est allumée.
Aydan.
Le frère du maitre des lieux, celui qui ne vivait pas ici auparavant, mais qui s'est installé dans les pierres froides de ce manoir comme une présence rassurante. S'il quitte lui aussi cet endroit de temps en temps, ce n'est pas à une aussi grande fréquence que son frère.
Lui ne me fuit pas dans les couloirs. Il me parle, m'écoute. M'offre quelque chose qui ressemble à... de l'humanité.
Lorsqu'il est là, les heures s'écoulent plus vite, moins douloureusement. Il ne cherche pas à fuir mes peurs, ni à les nier. Il tente – parfois maladroitement – de les apprivoiser à ma place. Il me raconte son enfance, des souvenirs légers. Et quand il rit, je me sens exister. Pas en tant qu'objet, ni comme épouse de convenance, mais comme femme.
Ses visites sont devenues des haltes dans l'obscurité de mon quotidien. Je vis désormais pour les moments où il franchira à nouveau le seuil.
Alors, quand j'entends enfin la porte d'entrée s'ouvrir après des semaines d'attentes, je n'ai pas besoin de le voir pour savoir. C'est lui. C'est toujours lui.
Le cœur battant, je dévale les marches, les pieds nus, et cours jusqu'à lui. Dès que je l'aperçois, j'oublie toute prudence : je bondis dans ses bras avant qu'il n'ait le temps de réagir.
Il rit. Ce son efface l'épaisseur de mes cauchemars.
Il me serre fort avant de me reposer doucement au sol, ses yeux brillant d'une chaleur rare.
— Je te manquais ?
J'aimerais dire oui, j'aimerais hurler que sans lui, tout est gris ici. Mais dans ce manoir, chaque mot est une arme, chaque aveu une faiblesse à exploiter.
Alors je me contente de hausser les épaules avec une nonchalance surjouée.
— Je m'ennuie ici ! Il n'y a rien à faire.
Et c'est vrai. Même les livres, mes seuls compagnon de détention, ne suffisent plus. Je suis vidée de curiosité.
Les murs se renferment, chaque jour un peu plus.
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Les Spectres Oubliés
FantasyEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
