Souvenirs d'un autre temps

La maison Arkadès.

Le nom résonne en moi, éveille une vague impression, un écho flou, lointain. Cela devrait me dire quelque chose. Je le sens à l'expression de l'homme – de l'Immortel – devenu en quelques instants mon sauveur. Dans son regard, je trouve une attente. Il espère une réaction de ma part, un sursaut de mémoire, un signe que je reconnais son sang.

Mon silence le déçoit.

Son sourire s'efface l'espace d'un souffle, pour revenir presque aussitôt, plus affuté, plus narquois.

— Tu n'as vraiment aucune idée de qui je suis.

Je hausse les épaules, feignant une désinvolture que je suis bien loin de ressentir. Car au fond de ma poitrine, mon cœur cogne plus fort, plus vite. Le moindre faux pas pourrait signifier ma fin.

Les Immortels... Leur force dépasse l'imagination et leurs pouvoirs, leurs dons... un simple mouvement de la main pourrait m'anéantir.

Pourtant, je me force à répondre, la voix égale :

— Je devrais ?

Un éclat moqueur danse dans ses yeux.

— Je suppose qu'avec l'arrivée des monstres, les mortels ont fini par oublier leurs dirigeants.

Les mortels.

Le mot me heurte plus que je ne veux l'admettre. Son ton a changé, glissé vers une nuance plus hautaine. Je m'efforce de l'ignorer. Il serait idiot de froisser celui qui vient de me sauver la vie.

Il me faut garder un masque impassible, mes pensées soigneusement dissimulées.

— J'imagine, réponds-je alors, d'une voix que j'espère neutre. J'étais toute jeune lorsque les monstres ont envahi la région et que nous avons dû confiner pour ne presque jamais ressortir. Les contacts avec le monde extérieur ont toujours été limités, destinés à assurer notre survie.

Lorsqu'on essaie de survivre, de trouver de la nourriture et tous ces objets indispensables à notre vie, on se moque des immortels. On ne leur accorde que très peu d'importance.

Il acquiesce, l'air amusé.

— Ah, cela explique peut-être ceci ta méconnaissance. Il y a près de dix-sept ans que le confinement a été mis en vigueur ici. J'oublie toujours à quel point le temps vous affecte, vous, les humains.

Je n'aime toujours pas son ton, désormais plein de mépris. S'il y a quelques minutes, il essayait de passer pour notre égal, ses formulations et son intonation me donnent une information capitale : il se pense supérieur à nous. Il se croit supérieur à nous.

— Alors, laisse-moi te faire la leçon, jeune humaine.

Il tourne lentement autour de moi, tel un fauve jouant avec sa proie.

— Les territoires de Terabita sont gouvernés par des gouverneurs, des comtes, des seigneurs, peu importe comment votre espèce les appelle. Mon père a été, pendant des siècles l'immortel régnant sur ces terres. À sa mort, le titre m'est échu, puisque je suis l'ainé de ses enfants.

Mes pensées s'emballent.

Il n'y a donc non pas un seul immortel dans la région, mais plusieurs. Et pourtant, les monstres pullulent.

J'ai vu avec quel facilité il a ouvert ce monstre... Pourquoi ne les combattent-ils pas ? Pourquoi laisse-t-il des humains mourir pour protéger leur royaume ? Avec leur puissance, ils pourraient écraser ces abominations.

Les Spectres OubliésDes histoires addictives. Découvrez maintenant