— C'est maintenant que tu me tues alors ? demandé-je, la voix presque tremblante sous un voile de fausse légèreté.
Les flammes dorées qui dansent dans ses paumes projettent des éclats mouvants sur ses traits. Il est magnifique et terrifiant à la fois, l'éclat de son regard presque félin dans la pénombre.
Je m'attends à le voir soupirer, lever les yeux au ciel, comme il le fait souvent quand je cherche à le provoquer. Mais non. Un sourire fugace, plus trouble que moqueur, effleure ses lèvres.
Mais contre toute attente, un sourire en coin infime, calculé, étire ses lèvres.
— Si tu crois encore que je veux te tuer, tu n'es pas aussi intelligente que je ne le pensais.
Je hausse les épaules, mimant la nonchalance, et me laisse porter par son jeu. Ce dangereux qui, malgré tout, m'attire. On ne peut pas dire que ses intentions aient toujours été claires... Parfois, il ne semble pas vouloir de moi ici, d'autres fois, il m'enferme dans ce manoir comme s'il voulait me préserver du monde extérieur. De ce royaume dévasté par la mort.
— Ce n'est pas exactement chaleureux d'enfermer quelqu'un dans une prison.
Mon ton se veut badin, pourtant Aydan n'y mord pas. Son regard, sombre et insondable, reste ancré dans le mien. Les deux sphères de feu tournent lentement au-dessus de ses mains, soulignant sa puissance en silence. Il lui suffit d'un geste, et il pourrait me réduire en cendres.
— Je ne savais pas ce qui arriverait à ton réveil, me révèle-t-il, grave. Si tu avais été contaminée par la morsure d'une de ces créatures... On ne sait presque rien d'elles. D'habitude, elles tuent leurs proies et n'en laissent aucune vivante... Mais dans le doute... je n'ai pas voulu te tuer.
— C'est presque... attendrissant de t'entendre dire ça.
Un étrange soulagement nait en moi. J'aimerais le détester pour ses mensonges, pour la peur qu'il entretient dans mon quotidien, mais entendre qu'il n'a pas souhaité ma tort... qu'il tient, d'une manière ou d'une autre, à ce que je vive – même pour des raisons obscures – adoucit ma rancune à son égard.
Il faut croire que je ne suis pas aussi exaspérante et antipathique qu'il essaie de me le faire croire.
Alors que je m'égare dans mes pensées, Aydan tranche :
— Il est temps que tu t'entraines.
Je fronce les sourcils. Voilà une éternité que sa sœur et lui se cachent dans leur manoir, selon ce que j'ai compris de la situation, et ils ne paraissent pas déterminés à en sortir dans un avenir proche. Alors pourquoi devrais-je m'entrainer avec lui désormais ? Ses capacités surnaturelles ne sont-elles pas suffisantes si le danger vient à nous ?
Il capte aussitôt mes doutes puisqu'il insiste :
— Nous ne pouvons pas te protéger si tu ne sais pas te défendre.
Les mains sur les hanches, je l'affronte, le défie du regard.
— Donc, si je comprends bien, tu m'interdis de rendre visite à mon frère... pour que je fasse du corps à corps avec toi ? Tu ne trouves pas ça un peu... inhumain ?
Son sourire s'élargit à peine. Mon cœur s'emballe malgré moi.
Ne te laisse pas séduire par son charme d'immortel. Garde la tête froide. Ne cède pas.
— Je ne t'empêche pas de voir ton frère, réplique-t-il avec ce calme qui me désarçonne toujours autant, mais ce n'est pas en le brusquant que tu obtiendras des réponses. Eldéa. Il ne sait rien, crois-moi. Je le questionne chaque jour sur ses souvenirs.
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Les Spectres Oubliés
FantasiaEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
