Lorsque je lève les yeux vers le visage du nouveau venu, je fige. Mon cœur cogne si fort contre ma poitrine que je le crois prêt à s'en échapper. Ma respiration se fait courte, haletante. Une chaleur fulgurante déferle dans mes veines, consumant chaque parcelle de mon être.
Je recule d'un pas, le souffle tremblant, un prénom, inconnu mais familier, m'échappe dans un murmure rauque :
— Jaimy ?
D'où me vient ce nom ? Je l'ignore. Pourtant, je le sais, je le sens : c'est un prénom de mon passé. Celui de mon frère.
Mais ce qui me terrifie le plus, c'est l'homme qui me fait face. Il a l'allure de garde, une silhouette grande, imposante, des épaules larges. Sa chevelure blonde tombe en mèches soyeuses sur ses épaules, non retenue, presque sauvage. Ses yeux verts m'observent avec une froideur sévère, un sérieux implacable. Et son visage... ce visage, je l'ai vu. Dans mon rêve.
C'est lui. C'est mon frère, j'en suis certaine.
Pourtant... il ne me reconnait pas. Son regard glisse sur moi, vide, étranger.
— Est-ce... est-ce qu'on se connait ? murmuré-je, la voix étranglée par l'émotion.
Pas de lueur de reconnaissance. Rien. Il me fixe avec cette impassibilité glaçante, la même que celle de Gilbet, ce masque figé d'absence.
— Lady Eldéa, Lord Aydan m'a demandé de vous accompagner. Mais je crains de ne pas vous connaitre.
Je ne comprends pas ce qui se passe.
Un frisson glacial me parcourt l'échine. Je chancelle, incapable de comprendre. Comment cela peut-il être ? Mon esprit tourbillonne de questions. Je l'ai vu en rêve ! Pourquoi apparait-il ici, maintenant, au moment même où ce souvenir remonte à la surface ?
J'ai visité le manoir de fond en comble – sauf les appartements d'Aydan – avec Emilyah et je n'ai pas trouvé de vie humaine. Provient-il de l'extérieur ?
Et surtout... comment se fait-il qu'il ne me reconnaisse pas ?
Je tente désespérément d'assembler les pièces de ce puzzle absurde, mais mon cerveau finit par s'emballer. La panique m'envahit. Un étau se resserre autour de mes entrailles, ma gorge se noue, ma vue se trouble. Une sueur froide perle sur mon front.
— Lady Eldéa !
Je n'entends qu'un écho assourdi. Le sol vacille sous mes pieds. Mes jambes flanchent. Je m'effondre. L'impact me semble lointain, comme si mon corps m'appartenait à peine. Les bruits alentours se font sourds, lointains, noyés dans une étrange brume. Je flotte. Une chaleur étouffante se mêle à un froid glacial. Où suis-je ? Que m'arrive-t-il ?
Je ne comprends pas ce qui se passe.
— Eldéa ! Eldéa !
Une voix perce enfin le brouillard. Pas celle que j'espérais entendre.
Lorsque ma vision se stabilise, un visage surgit au-dessus de moi : celui d'Aydan. Je ne veux pas le voir, je ne veux pas le voir... Et, pourtant, malgré moi, mes yeux détaillent ses traits : ses grands yeux sombres, ses cheveux noirs frôlant ses épaules, ce pli soucieux au milieu de son front.
De l'inquiétude ? Non, non, c'est impossible.
De l'inquiétude, vraiment ? Non, tu délires, ma pauvre.
La vue de son visage me donne un électrochoc. Ses mains sur mes épaules me brûlent. Elles me rappellent trop son emprise, son pouvoir. Un frisson de révolte me traverse. Je le repousse d'un geste brusque, et il recule, surpris. Qu'il soit étonné m'importe peu. Je n'en peux plus.
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Les Spectres Oubliés
FantasiaEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
