Souvenirs d'un autre temps
Il se tient là, devant moi.
Son allure m'obsède, m'hypnotise.
De longs cheveux noirs encadrent son visage aux traits ciselés, comme sculptés par un artisan ancien. Ses yeux sombres, insondables, pourraient happer quiconque oserait s'y attarder trop longtemps. Des abysses dans lesquels je pourrais me noyer.
Il est grand, terriblement grand. Sa silhouette athlétique m'évoque les statues guerrières que je contemplais autrefois dans les vieux les livres illustrés de la bibliothèque de mon père. Sa musculature, tendue sous le tissu sombre de ses vêtements déchirés, respire la puissance brute.
Le sang noir de la créature qu'il vient d'abattre macule sa peau. Des éclaboussures sombres tachent ses bras, coulent en rigoles le long de ses mains. Et pourtant, malgré cette vision de violence, il est magnifique.
Il s'avance lentement vers moi, avec la grâce contenu d'un prédateur sûr de sa force. Puis il me tend la main.
Je reste figée Je sais qu'il ne me veut pas de mal – pourquoi m'aurait-il sauvée sinon ? –, mais mes membres refusent de répondre. Mon regard, quant à lui, ne peut se détacher de cette apparition venue d'un autre monde. Un homme capable de déchirer un monstre à mains nues... c'est inconcevable.
C'est un immortel. C'est la seule explication possible.
Mon cœur bat à tout rompre. J'hésite encore un instant, puis, enfin, glisse ma main dans la sienne. Sa poigne est ferme, mais pas brutale. Une chaleur étrange s'en dégage, contrastant avec le froid glacial du combat.
Il me relève sans effort, comme si je ne pesais rien.
Je me tiens sur mes jambes tremblantes, incapable de trouver mes mots. Il me faut quelques secondes pour rassembler un semblant de voix :
— Merci.
Un sourire en coin se dessine sur ses lèvres, un sourire narquois, léger, comme si la scène qui vient de se jouer n'avait rien d'extraordinaire pour lui. Comme si déchirer un monstre en deux n'était qu'un simple passe-temps pour lui.
— Tout le plaisir est pour moi, déclare-t-il sur un ton décontracté. J'excelle dans le sauvetage de jeunes demoiselles en détresse.
Sa désinvolture me prend de court. Un rire nerveux, sincère, m'échappe malgré moi.
— Et tu en sauves beaucoup, des jeunes demoiselles ?
Il passe une main poisseuse de sang noir dans la nuque, l'air faussement ennuyé.
— Pas vraiment, avoue-t-il. En fait, tu es la première, mais je me suis dit qu'il valait mieux te mettre en confiance.
Un sourire involontaire étire mes lèvres. Malgré le chaos de la situation, cet homme étrange parvient à me détendre. Sa voix, son assurance, sa nonchalance... tout en lui me fascine.
— Tu es un Immortel, pas vrai ? lui demandé-je de but en blanc.
Il arque un sourcil, amusé par ma question directe. Un éclat de rire résonne dans sa gorge.
— Nous ne sommes pas vraiment immortels, tu sais.
Mais pour nous, les simples humains, il n'y a pas d'autre mot pour les désigner.
Les Immortels, ces êtres issus des anciennes lignées, dotés de dons surnaturels, bénis – ou maudits – par les dieux. Doués d'une longévité anormale, d'une force que nul mortel ne peut égaler. Ils sont devenus nos seigneurs, gouverneurs, souverains... des figures d'autorité, inaccessibles.
Cet homme est le premier Immortel que je rencontre. Et je n'ai doute sur sa nature. Personne d'autre n'aurait pu abattre un monstre avec une telle facilité. Mais il y a autre chose d'autre chez lui. Quelque chose de différent. Une étincelle dans son regard, un éclat qui le distingue des récits qu'on raconte à leur sujet.
— Comparés aux humains, vous l'êtes, en tout cas.
Il s'approche tranquillement, me fixant toujours de ses prunelles sombres.
— Nous sommes aussi des hommes, répond-il, le ton étrangement posé. Nous vivons, nous mourons, nous tombons malades, nous aimons, nous pleurons.
— Et vous tuez des monstres comme si de rien n'était.
Je devrais avoir peur. Un autre pourrait surgir à tout instant, des hordes entières même... Pourtant, en sa présence, l'angoisse s'est évaporée. Il dégage une assurance contagieuse, une aura qui me donne la sensation absurde que rien ne peut m'arriver tant qu'il est là.
— Ça s'oublie vite, répond-il en haussant les épaules.
J'en doute fort. Mon père est soldat, et il n'aurait jamais pu accomplir de ce que je viens de voir. Si nos combattants avaient une telle puissance, les monstres ne régneraient plus sur notre royaume depuis longtemps. Nous serions enfin libres.
— Et donc, tu te promenais dans le coin à la recherche d'une femme à sauver ?
Le fait qu'il soit Immortel passe encore, mais qu'il se trouve aussi près de moi, dans cet endroit désert, à cet instant précis... cela me parait bien trop improbable.
Un autre sourire, en coin cette fois.
— Tu es sur mon territoire, ma jolie. Je suis le seigneur régnant de la maison Arkadès.
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Les Spectres Oubliés
FantasyEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
