Souvenirs d'un autre temps
Il fait noir. Noir comme je ne l'ai jamais connu. Plus noir que l'intérieur d'un four. Plus noir qu'une nuit sans lune.
Le froid s'est installé, mordant, implacable. Le vent souffle en rafales glacées, s'engouffrant dans mes vêtements. Ces habits légers que je porte ont été conçus pour me protéger des monstres, et non du froid. Je frissonne, les dents serrées, en priant pour que le froid ne s'infiltre pas davantage dans mes os.
Ils arrivent.
Je les sens. Je les entends dans le grondement sourd du vent, dans le frisson qui parcourt ma peau. Eux... ces créatures maudites qui ont ramené les ténèbres sur Terabitia. Tempêtes, orages, nuées noires... la lumière s'est éteinte depuis leur venue. Une force obscure les a appelées. Et à présent, elles sont proches.
Je frappe à la porte, une fois, deux fois, le poing tremblant. Celle de Mme Dickson. Mais je sais. Personne n'ouvrira, pas ce soir. Elle m'a jetée dehors, me condamnant à errer sous ce ciel de fin du monde.
Je me rappelle encore : enfant, elle me donnait, jouait aux chevaliers avec moi. Aujourd'hui, elle me renvoie à la mort.
Je ravale le sanglot qui me monte à la gorge. Je n'ai pas le droit de flancher, pas maintenant. Je n'ai qu'un but : rentrer à la maison saine et sauve.
Il n'y a pas d'abri, nulle part où me cacher. Pas le moindre espoir de secours. Pourtant, je ne peux pas baisser les bras.
C'est la première fois que je me retrouve ainsi dehors depuis la chute du jour. Et jamais je n'ai ressenti une angoisse aussi dévorante. Mon destin est scellé.
Une respiration.
Je serre l'un de mes couteaux dans ma main droite. Prête à affronter l'enfer.
Deux respirations.
Je devrais abandonner le paquet de viande, sa simple odeur attire les monstres comme un appel irrésistible. Mais non, pas encore. Si je renonce à cette mission, alors pour quoi aurais-je risqué ma vie ?
Trois respirations.
Je me rends compte de l'absurdité de garder avec soi de la nourriture pour monstres.
La voix de Jaimy résonne dans ma tête :
Abandonne-la, cours pour ta vie, Eldéa !
Et c'est ce que je fais, non sans un pincement au cœur. À contrecœur, je laisse tomber le paquet, qui s'écrase au sol dans un bruit mat, bientôt avalé par l'obscurité. Mon regard se tourne vers l'horizon voilé de brume. Cours, cours, cours.
Le souffle brûle dans ma gorge, la sueur me brouille la vue. Il n'y a plus de grâce, plus de ruse. Seulement la peur brute, le besoin viscéral de fuir.
Mon cœur bat un rythme effréné, douloureux, prêt à éclater. Ma respiration est hachée, irrégulière, dévorée par l'angoisse. Des kilomètres encore à faire. Des kilomètres dans cette nuit sans fin.
Plus les minutes défilent, plus les environs s'assombrissent. Bientôt, je ne distingue plus qu'un voile de ténèbres à quelques mètres devant moi. Le moindre pas résonne comme dans un écho dans le vide.
Chaque seconde, je m'attends à voir surgir une ombre, une silhouette.
Mais je me force à écouter, l'oreille tendue. On dit qu'on les entend toujours approcher.
Toujours.
La température descend à une vitesse folle. Ma peau se recouvre de chair de poule. Mes muscles se tendent sous la morsure du vent. Mes jambes faiblissent. Mon corps tout entier proteste.
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Les Spectres Oubliés
FantasiEldéa se réveille dans un manoir désert. Ses souvenirs se sont évanouis, remplacés par un vide qui l'étouffe. Seul Aydan, maître des lieux, y vit encore. Un homme aussi énigmatique que troublant, dont les regards glacés dissimulent autant de secrets...
