Chapitre 60

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~ Quatre ans plus tard ~

-Mercedes ? Mercedes, réveille-toi !

Je me sens secoué dans tous les sens, ce qui commence à m'énerver. Changeant de position, je me donne dos à Aurel et mets la couette sur ma tête.

-Laisse-moi dormir, grommelé-je.

-Non ! Aujourd'hui, c'est notre anniversaire et il neige !

J'ouvre brusquement les yeux puis me redresse dans la foulée, scrutant les environs. Cette conversation... je l'ai déjà eu, et avec ma sœur. Je regarde mes mains, ensuite Aurel et enfin ma chambre. Tout est normal, je n'ai pas cinq ans. C'est juste Aureliya qui manque d'originalité pour annoncer les anniversaires.

Je pousse un soupir de soulagement avant de me laisser tomber sur le lit, les yeux fermés. Mais Aurel continue de me secouer.

-Nous avons vingt-cinq ans aujourd'hui ! J'espère que tu t'en rends compte et que tu vas arrêter de faire l'enfant.

-Ça fait vingt ans aujourd'hui... murmuré-je, le regard toujours fixé au plafond. Vingt ans qu'ils sont morts.

Vingt ans que j'ai essayé de survivre sans eux. J'ai réussi mais à quel prix ?

Ma jumelle se calme aussitôt et s'assoit sur le lit, la mine moins bavarde que tout à l'heure. Le constat était triste à chacun de nos anniversaires mais aujourd'hui, c'est encore plus flagrant. Vingt ans..., vingt ans sans entendre le rire de maman, la voix grave de papa. Vingt ans sans papa qui s'asseyait avec moi au salon pour monter des lego avec moi, vingt ans sans maman qui a essayé de nous offrir une meilleure vie, quitte à enchaîner les boulots.

Et la vie faisant si bien les choses, demain marquera le quinzième anniversaire de décès de Constenzia. Oui, elle est morte le lendemain de notre anniversaire. J'ai perdu toutes les personnes de ma vie, enfin... pas tous mais les plus importantes sont parties. Tout le monde aurait dû être là aujourd'hui, aujourd'hui je devais être qu'un jour festif mais tout à l'heure, nous irons déposer une gerbe de fleurs sur les tombes. Sur les tombes des personnes qui m'ont sauvé la vie.

-Tu penses qu'ils sont fiers de nous, de là où ils se trouvent ? demande Aurel, brisant ainsi le silence.

-Non.

J'ai répondu abruptement mais c'est la vérité, ils doivent se retourner dans leurs tombes tous les jours que Dieu fait. Maman exécrait les criminels au plus haut point, elle nous mettait en garde contre eux à chaque fois qu'elle le pouvait et aujourd'hui, que sommes-nous devenus ?

Je lui avais promis d'entrer à la main pour protéger mon entourage et le Mexique, Aurel avait promis d'utiliser ses connaissances en informatique pour faire le bien. À l'heure qu'il est, c'est la catastrophe.

-S'ils étaient là, rien de tout ne serait arrivé.

-Nous ne pouvons rien blâmer – pas même la mort – pour nos erreurs.

-Bien sûr que je peux blâmer la mort ! S'ils étaient encore là, l'histoire aurait été totalement différente ! Nous ne nous serions pas retrouvés pas à la rue, tu n'aurais pas été contraint de vendre la drogue pour subvenir à nos besoins ! La eMe serait bien restée loin de toi. Non, nous aurions eu une autre vie : tu serais sûrement entré à l'armée comme tu le désirais et j'aurais suivi une bonne formation intense pour ensuite travailler pour une grande boîte de cybersécurité. Voici ce qui serait arrivé.

-Nous ne savons pas si les choses auraient été ainsi, Aurel. Et nous ne le saurons jamais. La seule chose dont nous pouvons être certains, c'est ce que nous avons déçu Constenzia, papa et maman. D'autres gamins ont été à la rue et ils n'ont pas tous choisi la voie de la criminalité. Il me semble que nous avons déjà eu cette conversation.

𝐓𝐈𝐌𝐄𝐋𝐈𝐍𝐄.𝐓𝟐.𝟓Où les histoires vivent. Découvrez maintenant